MAQUIS 43-44
(ENGLISH TRANSLATION: PLEASE SCROLL DOWN)
J'ai commencé la "RESISTANCE" le 14 juin 1940, en début d'après-midi, à CHAUDREY, dans l'Aube, en ramassant un fusil MAS 36, abandonné par un fuyard et en tirant sur un avion allemand Heinkel 111. Il prenait la route en enfilade, pour mitrailler, en rase-mottes, soldats en retraite et réfugiés. Surtout des réfugiés, dont nous: Grand-père Lelarge, Grand-mère, Maman, sa soeur Hélène et ses enfants Pierrot, Serge, Reine, Solange, son autre soeur Madeleine, son frère Maurice, militaire, et moi-même âgé de 16 ans. J'ai tiré l'unique cartouche du magasin, mais cet avion devait être spécialement blindé, car il ne s'est pas abattu. Grand-père m'a engu... et j'ai dû abandonner le fusil. Courte carrière dans la D.C.A.
De retour à VINETS, le jeudi 20 juin au soir, village que nous avions évacué le 13 juin pour un périple tragique sur les routes de Champagne, j'ai été nommé interprète par les occupants, sous le nom de "Yakob". Tous les francais prétendront avoir entendu l'appel du 18 juin du Général de Gaulle. Nous pas. Les transistors n'étaient pas inventés, et on ne trainait pas de postes de T.S.F. sur les chemins de l'exode. Pas entendu non plus les discours du Maréchal Pétain, pour les mêmes raisons. Mais si je n'aimais pas les Fritz, ça c'est mon hérédité lorraine. En fait, c'était viscéral. Je couillonnais au maximum les débonnaires pontonniers allemands qui occupaient le village et réparaient le pont de St Nabbed, sur l'Aube, qui avait sauté. C'était pour la plupart des "vieux" de 14-18. Lorsqu'ils interceptaient des soldats français cherchant à rentrer chez eux, plutôt que de visiter l'Allemagne, je racontais à ces lourdauds d'invraissemblables "salades" assaisonnées des mots "typhus", "choléra", "scarlatine" ou "castapiana" qui fichaient à ces vaillants guerriers une frousse terrible, et ils laissaient vite filer ces pestiférés. C'était encore le "bon temps" pour les évadés, le mot "Gestapo" nous était encore inconnu. Par la suite, de 1940 à 1943, vie scolaire à Paris, studieuse, dans la pauvreté, mon père souffrant d'un cancer au foie (décédé en février 1943, après d'horribles souffrances)et ma mère se débattant pour trouver à manger. Il n'y avait pour vivre que son salaire de sténo-dactylo. Pas d'économies, pas de biens, pas de relations, rien. Résistance "collégienne", c'est-à-dire, par exemple, balancer dans les cabines des véhicules allemands en stationnement nos dessins humoristiques (?) où le derrière d'Adolf était le centre d'intérêt, fermer les portes du métro au nez des occupants, projeter avec une seringue de l'encre de chine sur le bel uniforme des officiers, etc... Pendant les mois de "Service Civique Rural" en Normandie (Juillet, Août, Septembre 1941 et 1942) avant de lier les bottes de foin destinées au front russe, mise en place dans chacune d'elles d'un exemplaire du "Courrier de l'Air", fascicule de propagande lâché par les avions anglais. Ou bien, on pissait dans une cavité creusée au centre d'une motte de beurre destinée aux Allemands, avant de l'emballer soigneusement dans une cagette anonyme, etc... Rien de bien méchant dans tout ça, mais ça soulageait! Les études terminées, à dix-neuf ans et demi, en guise de diplôme, une invitation à visiter le Grand Reich envoyée par l'agence de voyage "Saukel" (Le Gauleiter Saukel, patron du S.T.O., Service du Travail Obligatoire, fut le principal recruteur, involontaire bien sûr, des combattants pour le Maquis!). Je manquais totalement du sens de l'orientation, et au lieu d'aller vers l'Est, je partis vers le Sud. Mais après tout l'Espagne non plus ne devait pas êtredésagréable à visiter? Je pris le train à la gare d'Austerlitz, un samedi 3 juillet 1943, inaperçu parmi les nombreux "campeurs-chercheurs de bouffe", avec mon sac à dos. J'étais assez bien équippé: un duvet, une paire de chaussures de rechange (godillots de l'armée, une canadienne caoutchoutée "Hutchison" kaki, un pantalon de l'armée, également kaki, un short en toile noire solide, divers linge de corps. Pas mal pour l'époque. Comme fortune, une fois le billet réglé, il me restait1000F*. Byzance, quoi.
Le train qui partait pour Toulouse était un train de troupes, avec des wagons plate-formes pour la D.C.A. et quelques wagons de voyageurs, pour les officiers allemands, et bizarrement quelques civils, comme moi, ne craignant pas ce genre de promiscuité. En fait on ne fut absolument pas emm... pas les contrôles jusqu'à l'arrivée, avantage de ces trains militaires. A Toulouse, je ne quittais pas la gare, les sorties étant très surveillées, par les allemands et surtout par la Milice. Je pris la "Micheline" pour AUCH, sans avoir été contrôlé. A l'arrivée, pas de problème. Je passais quelques jours chez des cousins, résistants de la première heure, la famille MAUROUX. Ils possédaient une scierie et faisaient de l'exploitation forestière dans les Hautes Pyrénées, à ARREAU. Je profitais d'un camion à gazogène allant chercher du bois d'oeuvre, pour me rendre dans cette ville d'où je pensais pouvoir franchir les Pyrénées pour me rendre en Espagne.C'était très naïf, très présomptueux, mais je n'avais pas 20 ans, et à cet âge, on ne doute de rien.
** Prix d'un kilo de viande au marché noir.
Après quelques jours mouvementés, jouant (?) à cache-cache avec les "jügers" allemands et leurs chiens, tout seul, n'ayant jamais auparavant pratiqué la montagne, à part les rochers de Fontainebleau, je capitulais et repris le chemin du Gers. Je fis une étape à l'Auberge de Jeunesse (j'étais "Agiste") et ce fut le départ de mon "aventure maquisarde". C'était le 25 juillet 1943. Le "Père Aubergiste" était: Jo Laforêt, sa femme la "Mère Aubergiste": Gaby. Ils avaient deux filles d'une vingtaine d'années: Josette et Viviane. Cette auberge était un moulin désaffecté sur le Gers, au nord de Masseube, côté rive gauche, le "Moulin du Batan". Elle était relativement isolée. Côté rive droite, vers l'Est, des champs, et au-delà des collines boisées parallèles à la rivière. (Dans le Gers, les rivières sont orientées nord-sud, et séparées par des collines qui augmentent en altitude en se rapprochant des Pyrénées). Je restais quelques jours dans cette auberge, le temps de prendre une décision. En fait, jusqu'à fin 43, je fus un "Réfractaire au S.T.O.", travaillant dans des fermes "amies" du voisinage, dans le quartier de "La Ribère", à 1Km du moulin, côté rive gauche. A la ferme Abadie, il y avait le père, la mère, les filles: Marthe (mariée à Marcel), le frère d'Elysée Bajon, prisonnier en Allemagne, Suzon, et la fille de Marthe, Marizon, une fillette de 6 ou 7 ans. Chez Bajon Elysée, il y avait sa femme et leur fils Jacques, d'une douzaine d'années. Chez Desbots, il y avait sa femme, et les deux fils: Jeannot et André à peu près de notre âge. Je fis connaissance de "collègues" qui eux aussi travaillaient dans ce secteur: Yvon Desgrousilliers (de Paris), Léon Laffitte (de Bayonne) qui avaient déserté l'Armée de l'Air de Pétain, Pierre Simon (un boucher de Pau), André Guilloteau (orphelin parisien). Yvon et André seront tués à Meilhan. Nous étions bien nourris (on tuait des bêtes clandestinement la nuit), nous avions du tabac (soustrait à la réquisition, on coupait les "manoques" au couteau, en fines lanières, mais quand on fumait ce tabac brut, il fallait se cramponner!). Nous ne voulions pas être payés par ces petits fermiers qui prenaient de gros risques (peine de mort, ou mieux(?) la déportation) en nous cachant. Notre présence était connue de tout le village, il ne fallait pas se faire d'illusions, dans les campagnes tout se sait, y compris des gendarmes, et pire des miliciens locaux dont le chef était le docteur Sailhant (il deviendra le responsable de la milice du Sud-Ouest, et sera fusillé à Montpellier en Août 44 - - Mais à l'époque dont je vous parle, il était aimé de la population car il était le "médecin des pauvres"). Les miliciens étaient encore peu virulents. (Je rappelle que la milice fut créée le 31 janvier 1943, la Franc-Garde de la Milice en juin, et officiellemnt armée seulement en octobre). Les gendarmes ne nous créèrent jamais d'ennuis. (Le danger viendra de la Franc-Garde, des Gardes-Mobiles, des Groupes Mobiles de Réserve, les G.M.R., qui auraient pu s'appeler Groupes Mobiles de Répression).
Mais nous sentions bien que, dans l'ombre, "on" s'intéressait à notre groupe, mais rien de bien précis. Tout le monde se méfiait de tout le monde, il y avait quand même de dangereux délateurs, ou tout simplement de dangereux bavards. Chronologiquement, la fin de notre période "réfractaire" a pris fin le 10 janvier 1944 date à laquelle on s'est retrouvé officiellement (on l'apprendra plus tard, à la Libération, avec l'apparition de la paperasserie militaire) "Combattants de l'Armée Secrète", l'A.S., dûment fichés "quelque part". Nous aurions pû être F.T.P.F., ou O.R.A., (que nous appelions alors l'A.R., l'Armée Régulière), mais "on" avait décidé pour nous! Les cinq maquisards que nous étions devenus, furent armés jusqu'aux dents(?): une mitraillette STEN MKII à crosse tubulaire avec 4 chargeurs de 30 coups, un vieux pistolet 7,65 avec un seul chargeur garni, une carabine à un coup 22 LR avec quelques cartouches (plus tard, en s'amusant avec, on s'apercevra que les cartouches étaient fichues), deux grenades MILLS défensives, et nos poignards. De quoi faire trembler l'ennemi et même le faire mourir de rire! Nous avions quitté nos fermes pour nous installer au Moulin. Là, nous rejoignit un bordelais, Gilbert Degert. L'Auberge de Jeunesse camouflait également un couple de tapissiers juifs rescapé des rafles de Paris: Marcel et Charlotte Breiden (ils avaient de faux papiers au nom de Brédent), deux fils de notre âge: Henry et Roger, et leur fillette de 14 ans...(j'ai oublié certains prénoms)à qui je donnais des cours de math. Henry et Roger, bien qu'ils eussent dû être motivés pour se battre, resteront cachés et attendront prudemment la Libération.Les parents nous ont pris en charge financièrement pour compléter l'aide que continuaient de nous apporter nos anciens fermiers. Qu'ils soient remerciés, ils n'étaient pas riches. De temps en temps on voyait le chef qui nous avait été affecté: (le reste du temps il courait les filles, son sport favori). Félix Péri, Corse, et fier de l'être, fils aîné du percepteur de Masseube. Il avait un frère un peu plus jeune que nous, Jeannot (il sera tué à Meilhan)qui nous rejoindra plus tard. On entendait parler d'autres chefs mystérieux: "Lunettes" (Reynold, cadre à la Compagnie Pyrénéenne d'Electricité -- l'E.D.F. n'existait pas encore) mais -- mystère oblige -- on ne le voyait jamais; "Fabrice" (Christian Fontan) ancien enfant de troupe qui fit quelques apparitions; "Claude" qu'on ne vit qu'une fois, et qu'on ne revit plus jamais (même pas, après la guerre, dans les bouquins!)Apparemment, il y avait, déjà, plus de Chefs que de maquisards. C'était réconfortant, nous n'avions pas à nous inquiéter pour notre avenir, des "têtes chercheuses" le faisaient à notre place. En ce début 44, il y eut quelques expéditions mystérieuses pour - parait-il - abattre le docteur Sailhant qui prenait du poids dans la Milice locale. Je ne fus jamais désigné pour ces opérations, je ne fus donc jamais dans "le secret", mais ça ne devait pas être très sérieux, car il n'y eût pas de résultat. Il me souvient même avoir vu à cette époque le docteur Sailhant venir au Moulin soigner Jo Laforêt(sûrement pour une cyrrose du foie, car il piccolait). Il ne manquait pas de courage -- ou de psychologie -- car il savait que nous étions là, mais on ne se montra pas. C'était encore la "guerre en dentelles". Par contre, avec André Guilloteau, nous fûmes deux expéditions à Auch, munis de faux papiers (nous rajeunissant pour ne pas faire partie des classes soumises au S.T.O.). Les armes nous étaient remises sur place, c'était plus prudent, en raison des barrages allemands aux accès de la ville. Les faux papiers, ça passait, mais quand même pas des "colt 45". Opérations "à peu près" réussies, mais nous avions encore à nous perfectionner dans le "métier". Mais ça devait vite venir. Expédition également à Jegun, avec un polonais que je pris au passage à Auch. Opération loupée, mais pas de notre fait, nos "têtes chercheuses" ayant eu une légère défaillance dans l'organisation. Au retour j'ai manqué me faire prendre, devant la gare d'Auch, par deux gendarmes français, pas dupes, eux, avec mes faux papiers. Pendant qu'ils me contrôlaient, à quelques mètres de là, faisant semblant de fouiller, mon polonais montait tranquillement, dans son sac à dos, les trois éléments démontables de la "Sten". Heureusement, les deux pandores n'insistèrent pas, et me rendirent les papiers en me saluant. Ils n'ont jamais su qu'ils étaient passé à deux doigts de la mort.
Autre "coup", dans l'Armagnac, avec Dominique Cornilleau, que je retrouvais sur place. C'était un officier des Forces Françaises libres, parachuté dans le Vercors, et envoyé ensuite dans le Sud-Ouest. Au retour, je descendis du car avant Auch, pour éviter les contrôles à l'entrée la ville. Dominique n'ayant pas envie de faire quelques kilomètres à pieds, et pensant que j'étais froussard, descendis à Auch et se fit piquer. Sur ses faux papiers, il était catalogué comme "jardinier". Mais le Fritz qui l'avait arrêté était un peu plus dégourdi que la moyenne: il examina les mains, elles étaient fines et soignées, car Dominique en réalité était journaliste, et accessoirement pédé. Il lui baragouina donc qu'il n'était pas plus jardinier que lui danseur étoile, et l'embarqua. Heureusement, en cours de route, ils tombèrent sur Antonin Monteils, un minotier résistant(mais personne ne s'en doutait) qui était copain avec le commandant allemand de la Place, et connu comme tel. Il demande au Fritz pourquoi il emmenait Dominique qu'il connaissait parfaitement, car il était "jardinier de la Ville", chargé de l'horticulture, travail qui n'avait jamais abimé des mains d'artiste! Et mon copain fut relâché. Ouf! Les allemands étaient, indiscutablement c...s, mais fallait quand même pas trop compter là-dessus. Au Moulin, à mes moments perdus -- ils ne manquaient pas -- je fabriquais de faux papiers. J'étais très méticuleux, et je sculptais de faux tampons, en bricolais des vrais (fauchés dans les Mairies). Quand j'étais écolier, je me falsifiais des tickets d'alimentation pour améliorer l'ordinaire, j'avais donc un bon entraînement. Ces faux papiers étaient destinés à des résistants, mais aussi à des Juifs, non encore rafflés, dont les Breiden m'avaient donné une liste. J'envoyais ces faux papiers dans le double-fond d'un colis de ravitaillement, à ma mère, pour qu'elle les porte personnellement au domicile de ces gens. Elle risquait gros, mais tout se passa bien. Ma mère et moi avons peut-être sauvé la vie à quelques familles juives? On ne le saura jamais, mais qui sait? L'entraînement militaire se déroulait dans les collines boisées inhabitées, à l'est du Moulin. Il se pratiquait sous les ordres d'Yvon, caporal ou caporal chef de l'Armée de l'Air, parfois sous les directives de "Fabrice" ex-enfant de troupe, mais c'était rare. Ca se déroulait dans de bonnes conditions, car Léon, l'autre déserteur de l'Armée de l'Air, avait bien sûr fait ses classes, ainsi que Pierrot le boucher; Félix, lui, avait suivi les cours de préparation militaire supérieure, et, peut-être parce qu'il était corse, il avait un sens inné du "maquis" et de la guérilla. Moi-même avais une bonne expérience théorique: mon grand-père maternel était adjudant de carrière ainsi que son fils, mon oncle Maurice, et j'avais potassé pendant mes vacances en Lorraine leur bibliothèque militaire, dont le "Manuel de l'Infanterie" et autres revues spécialisées. J'avais pratiqué le tir chez un autre oncle, lui aussi militaire de carrière, qui "tenait" le stand de tir de Strasbourg. Expérience également plus "pratique", car étant gosse j'avais été élevé à Issy-les-Moulineaux, en bordure du terrain d'aviation, appelé aussi "Champ de Manoeuvre", plus exactement "Champ d'man'". Pas besoin de clef pour l'ouvrir, il n'était clos que de buissons d'aubépines. Nous, les moutards, nous y étions les maîtres, et, aviateurs et militaires avaient vite compris que, comme les moustiques, nous étions un fléau inévitable! J'avais donc assisté avec les autres mioches, au réglage du tir d'une mitrailleuse, au tir de mortier, au lancement de grenades, et même, les grands jours, à des charges de cavalerie "sabre au clair", et d'escadrons de side-cars! Je ne prévoyais pas que ces images bien enregistrées me seraient utiles un jour. De plus, nos jeux dans les terrains vagues, sur les "fortifs", dans les bois, nous habituaient à nous cacher, à utiliser le terrain. Sans compter qu'on se tabassait avec entrain, non seulement avec la colonie arménienne, mais avec les gars de la zone pour défendre "notre territoire". Celà n'avait rien à voir avec le "noble art" mais au corps-à-corps on connaissait toutes les combines, plutôt "voyouteuses", faut le reconnaître! Question "sensibilité", l'exode de juin 40 sur les routes de Champagne où fuyaient en désordre les troupes descendant de Rethel et Château Porcien, m'avait habitué Paux mitraillages, aux bombardements, aux incendies, et à l'affreux spectacle de cadavres d'hommes et de chevaux déchiquetés, et à l'épouvantable odeur des chairs en putréfaction.
Je fis donc profiter mes camarades de cette, entre guillemets, "riche expérience". Mais bientôt, la discrétion n'étant pas notre point fort, les miliciens furent obligés de devenir "nerveux", et l'hiver approchant de sa fin, on put quitter le confortable Moulin du Batan, pour aller s'enterrer -- au sens propre comme au sens figuré -- dans le bois de St Blancard, à 3Km à vol d'oiseau, à l'E.N.E. du village, et à 1Km à l'ouest de la D.12 et de la Gimonne. On a quitté l'Auberge de la Jeunesse avec une camionnette à gazogène conduite par un sympathisant, où prirent place Félix(le chef), son frère Jean, Gilbert, André, et moi-même. Comme matériel, des pelles, pioches, haches, tarières, masses, divers outils, quelques pointes, cordes, fil de fer. La camionnette nous a déposés au nord du bois oû nous avons pénétré par ce côté, malheureusement très ronceux, presque inabordable, sous une pluie diluvienne. Bivouac au bord du petit ruisseau qui traverse le bois, à peu près en son milieu. Comme abri une toile imperméable(?) tendue sur des branches. Boue, pluie pendant plusieurs jours. Nous avions laissé les duvets, trop volumineux, au Moulin, et n'avions chacun qu'une couverture "de cheval" en cotton marron. Vêtements trempés, froid, nourriture froide et peu abondante. Par contre, bon moral quand-même, en raison de nos bidons réglementaires de 2L, bien garnis. Quand la pluie eut cessé, démarrage d'une "cagna" sur le versant nord du ruisseau, à flanc de ravin. En creusant dans la pente, une moitié de cette cagna serait enterrée. Construction en rondins, toit en genêts recouverts de terre tassée, camouflage en feuilles mortes: à peu près invisible pour les avions d'observation allemands, les arbres ayant été abattus loin du camp. (En vérité nous n'avons été survolés qu'une fois, sciemment ou par hasard, mais on avait entendu l'avion, et on avait eu le temps de prendre ses dispositions de sécurité). Fabrication de mobilier en tronc d'arbres refendus à la hache et avec des coins, assemblages maintenus avec des chevilles et du fil de fer.Foyer enterré "sans fumée"(?). Comme litière: des rondins recouverts de fougères, ça isolait bien de l'humidité du sol. Un escalier, également en rondin, descendait au ruisseau, il y avait même une balustrade! Nous étions ravitaillés par trois fermes en lisière sud de la forêt: Ferrier, Mme Barthe (veuve), Courtade (ou Caussade, ou Fourcade, je ne m'en souviens plus!)La corvée de vin se faisait avec une petite barrique de 50 litres, accrochée avec des cordes sur une branche portée à deux: problème de synchronisation dans la marche, sinon gare au balancement de ce tonneau! Notre armement fut amélioré par Fabrice qui fit une seule apparition à StBlancard, il préférait le confort de la ville.Nous disposions maintenant de 5 révolvers Enfield "Commando" n1/42 MKI, la vieille mitraillette STEN du Moulin, et des prises de guerre rapportées de nos diverses expéditions passées: un Lüger P.08, un Walther P.38, un révolver St Etienne 92, mais peu ou pas de munitions. Quelques grenades défensives Mills à faible retard (4 secondes). Egalement le vieux pistolet Herstall 7.65 des premiers jours et la carabine à un 6 coup 22 LR et les poignards affûtés comme des rasoirs. Quand nous partions en opération, on roulait sa couverture contenant du linge de rechange, on la passait sur l'épaule gauche, et on ligaturait les extrémités de ce rouleau, avec une ficelle, à hauteur de la hanche droite. Ainsi posée en oblique, la couverture ne gênait pas pour épauler une arme. Nous avions bricolé des étuis pour les révolvers avec de vieux chapeaux de feutre.Les grenades et les munitions étaient dans des musettes de toile. (André avait un appareil photo, une pellicule, chose difficile à se procurer à l'époque. Il fut pris des clichés de notre troupe folklorique, mais hélas les négatifs furent pris ou brûlés lors du combat d'Arrouède. Comme plus tard d'autres photos furent brûlées à Meilhan.Je pense qu'il en fut de même dans d'autres maquis à travers la France, d'où la rareté des documents d'avant le débarquement. Hélàs il y aura par contre beaucoup de photos prises au moment de la libération, avec prolifération de clichés qui nuiront beaucoup à "l'image de marque" des vrais maquisards).
Je reviens sur les grenades Mills que, personnellement, je considérais comme une arme très efficace, et que j'aurai l'occasion d'utiliser avec succès. La grenade Mills était une grenade défensive (en fait nous n'avons jamais reçu de grenades offensives, sinon en prises de guerre). Elle était dangereuse dans un rayon de 50 mètres autant pour le lanceur que pour l'ennemi. Il fallait être bien entra"né pour l'utiliser comme granade défensive, aussi bien que comme offensive. En gros, il fallait, avant de la lancer, avertir les copains, repérer d'un coup d'OEil un creux, un abri, et y plonger d'un bond avant l'explosion. Nous avions deux postes de gardes, impossible d'en avoir d'avantage, vu notre petit nombre: un à la corne sud-est du bois, l'autre à l'angle sud-ouest. On comptait (?) sur les ronciers pour garder le reste. L'entraînement se poursuivait pour se familiariser avec le combat en forêt (entraînement qui s'avèrera inutile, ou presque, les allemands ayant une peur panique à l'idée d'affronter les maquisards dans leur élément, la forêt). Nous étions bien chaussés - pour l'époque - chaussettes russes (carrés de toile à matelas en coton rayée, suiffée "savamment" pliée, garanties "sans ampoules". Si des allemands s'étaient approchés quand nous nous déchaussions, ils nous auraient soupçonnés d'utiliser des gaz asphyxiants, car ça "dégageait" dur! Quelque temps après notre arrivée à Saint Blancard, venue de Jean Lecoq (P'tit Jean) et de Roger Tessier, bretons de Nantes, puis de Léon Laffitte (qui était resté au Moulin de Masseube) et d'Yvon. Puis, arrivée d'un instituteur de Miélan, Louis Cam(e)?(P'tit Louis), et d'un authentique prince russe, cosaque du Kouban, notre doyen, Georges de Vierkowsky (Jitmir, dit "Jito"), joueur de cartes professionnel. Avec son frère Richard, à Mirande, ils avaient à deux, accroché un convoi allemand, mitraillé la voiture de tête contenant des officiers, et récupéré leur armement: une splendide mitraillette allemande M.P.40, que l'on enviait à Jito, (en fait elle était plus fragile que les STEN) et un élégant pistolet! Walther P.P. de 7,65 d'officier. Nous étions devenus un "gros" maquis de 11 hommes. On reçut deux STEN supplémentaires , mais toujours pas de fusils, encore moins de F.N. bien sûr. Comme activités, amélioration de nos installations, mise en chantier d'une deuxième cagna à une centaine de mètres à l'est de la première, sur le même modèle,(elle ne sera jamais achevée, pour cause de.déménagement), recherche de ravitaillement. Parfois l'un d'entre nous était convoqué par une des "têtes chercheuses" pour aller faire un "coup" ponctuel. Nous avions le projet de "motoriser" le groupe. Pas de problème pour avoir un camion ou une voiture, la réquisition (fauche) était faite pour ça. Mais il fallait de l'essence. (Pas question de s'emm. avec des gazogènes). Une opération fut donc montée pour aller tout simplement capturer un camion citerne allemand dans la région de Saint Marcet en Haute Garonne, où existaient des puits de pétrole et des installations de liquéfaction de gaz. Mais les allemands se montrèrent peu coopératifs d'où fusillades, fuite précipitée (pas des allemands, hélàs)mais pas de victimes, nous courrions vite, s'arrangeant à être dans le "zig" quand les balles passaient dans le "zag". (Sans se vanter, faut être fortiche pour y arriver!) Pour sauver la face, au retour, réquisition d'une voiture de tourisme qui passait innocemment sur notre chemin. Mais hélàs pas d'essence en réserve.
Exécution d'un agent de la Gestapo, amené dans notre bois par un fermier lorrain réfugié des environs. Scénario tragique: cet agent pensait arriver dans un "faux maquis", donc chez des "vrais miliciens". Il se disait canadien, mais il avait un fort accent belge. Nous avons donc joué le jeu pour le mettre en confiance et le faire parler, mine de rien. Pendant ce temps là des coups de pioches résonnaient dans le bois: creusement de la deuxième cagna, mais aussi creusement d'une fosse par Jito et moi. Ce gestapiste, mené au bord du trou, comprit que sa carrière se terminerait là. Il se jeta au fond de la tombe, s'allongea de lui-même, se protégea instinctivement la tête de ses deux bras, et mourut de deux balles de 9mm dans le crâne. Il n'avait aucun papier sur lui, sauf une photo de dame âgée. Jito et moi remîmes la terre en place, puis la terre tassée, étalâmes des feuilles mortes: ni fleurs, ni couronnes, pas de haine non plus.
Ignorant les dégâts faits par cet agent allemand dans les rangs de la Résistance locale, redoutant une attaque, le chef Félix Péri décida de quitter cette forêt, par ailleurs sinistre. Mais auparavant nous fûmes désignés pour protéger, avec notre armement pour le moins sommaire, un terrain de parachutage. C'était notre premier, et nous étions très excités! Message passé par la B.B.C. "assis sur un croissant de lune". La "drop-zone" était située à environ 4Km à vol d'oiseau de Masseube, au N.E. cote 290, sur les terres de la ferme Sénac(actuellement Lahirle)descendant sur Montcorneil. Contact pris avec les fermiers résistants, le grand-père, ses enfants Madame et Monsieur Sénac, et leur petite fille: belle jeune fille de 16 ans, Marthe. Préparation des tas de fagots devant délimiter le terrain après avoir tous les trois été enflammés, et d'un feu à part pour signaler le sens du vent, dès que l'avion(qui s'avèrera être un quadrimoteur "Sterling" MKIII)serait signalé par le responsable du parachutage, équipé d'un matériel radio spécial portatif "Euréka" pour guider l'avion sur les tout derniers kilomètres. Préparation des seaux d'eau pour l'extinction rapide des foyers dès le départ de l'appareil anglais, ainsi que des perches et des chaînes pour le portage des "tubes" (à l'époque on ne connaissait pas le terme "containers"). Préparation des attelages de boeufs pour emporter la manne céleste dans sa cachette (que nous, les sans-grades, ignorions)Désignation des emplacements de garde et de combat en cas d'une intervention -toujours possible de l'ennemi. En vérité il y avait - heureusement - peu de risques: les alliés faisaient une diversion par bombardement ou par lâcher de tracts, pendant que les avions parachuteurs effectuaient leur largage. De plus, les tubes étaient ramassés très rapidement, les attelages ne prenaient que des chemins de terre, tout se passait très vite, et les allemands quand ils se déplaçaient arrivaient - presque – toujours trop tard. Je ne crois pas qu'un seul maquisard ait pû oublier son premier parachutage; c'était un moment d'émotion intense quand on entendait l'avion approcher(coup de chapeau aux navigateurs alliés) que l'on voyait les appels lumineux d'une lampe torche au sol, envoyant en morse le signal de reconnaissance(en l'occurence la lettre S), que l'avion s'éloignait, qu'on allumait les feux, que l'appareil après un virage, vitesse réduite survolait le terrain, face au vent, à très faible altitude, et que d'un seul coup fleurissaient dans le clair obscur, les corolles multicolores, des parachutes jaunes, rouges, bleu marine, kaki, blanches). Il était prudent de se garer pour ne pas risquer d'être assommés (imprévisibles, des tubes tombaient en chute libre, parachutes non ouverts, ou en torche). Dernier passage de l'avion, l'équipage saluant à leur manière l'équipe au sol. Grande nostalgie pour nous de penser que cet héro•que équipage serait dans quelques heures daans un bar chauffé, illuminé, à siroter un whisky bien mérité, -loin du danger. Pas notre cas. Fini de rêver: ramassage des tubes, certains d'un seul tenant, contenant fusils Enfield, fusils-mitrailleurs Bren, d'autres se séparant en plusieurs éléments (explosifs TNT, grenades Mills, mitraillettes STEN, munitions, etc.)Tous ces tubes étaient très lourds, pas faciles à transporter de nuit, dans des sillons, des fossés, à travers des haies, jusqu'aux attelages. Récupération aussi des parachutes qui ne devaient pas être déchirés. En réalité on en "sacrifiait" un, blanc de préférence, en nylon, tissu tout nouveau pour nous, afin d'avoir un morceau grand comme une carte de visite, en souvenir, et des suspentes qui nous feront, une fois tressées, de splendides dragonnes à nos revolvers! Aussitôt les chariots chargés, retour dans notre camp, une autre équipe inconnue assurant l'escorte du chargement d'armes: on ignorait ainsi où il serait camouflé, question de sécurité, les allemands ayant les moyens de faire parler même une statue de marbre. Il y avait souvent, en plus des tubes d'armes, un récipient contenant de l'argent: là, encore plus de discrétion que pour le matériel, nous n'avons jamais su ce qu'il devenait, en tous cas, nous n'en vîmes jamais la couleur. Mais passons, c'est là une autre histoire, qui ne sera jamais, vraissemblablement, racontée. Quand le soleil se lèverait, vers Montcorneil, rien n'indiquerait qu'avait eu lieu cette nuit là une livraison d'armes: les fermiers faisaient une visite de contrôle du terrain, effaçant les traces, faisant passer leur bétail pour faire disparaître les derniers signes.
Donc, au début du printemps 44 nous quittions Saint Blancard et ses bois. J'ai oublié ce qu'était devenu notre voiture, mais je n'ai pas oublié la marche de nuit, avec tout notre barda (armes, matériel de cuisine)vers notre nouveau cantonnement: "Le Hauret", ferme abandonnée à l'E.S.E. d'Arrouède, sur une hauteur dominant la vallée du Gers, et au loin à 1,5Km à l'est la route D929 Auch-Lannemezan (orientée N.S.). Pour ces déplacements il fallait éviter les routes, patrouillées par les allemands, et les villages avec leurs mouchards miliciens ou collabos. On accédait à cette ferme abandonnée par un sentier d'1Km environ, qui partait de la route des crêtes N.S. (menant d'Arrouède à Mont d'Astarac) à 200m au sud de la ferme Monties. Monsieur Monties était un grand résistant, il nous aida beaucoup. Je crois qu'il était le Maire d'Arrouède. Ce chemin orienté Est-Ouest était horizontal, et le terrain descendait au nord et au sud, friches, genêts, broussailles. Ensuite il remontait, de part et d'autres c'était des bois. Au nord de la ferme elle-même, une forêt, ainsi que sur le versant qui descendait au Gers. Au sud, friche, genêts, champs de blé, sur la descente, jusqu'au ruisseau Le Hauret. Au delà, ça remontait et c'était la forêt. Félix Péri avait donc choisi un bon emplacement. Il y avait une source sur la pente sud. Nous avons installé nos couchages dans les anciennes écuries, chacun s'étant délimité son "box" avec des planches. Paille, bien sûr (très confortable)Toiture genre "passoire". Nécessité par temps de pluie d'installer des gamelles sous les fuites pour ne pas être trop mouillés. Mais on en avait vu d'autres à StBlancard! Notre groupe s'agrandit: arrivée de Maurice et René Lavache, deux frères charmants, ouvriers venus de Biarritz (tués à Meilhan), de juifs traqués par la Gestapo: René Bovetès (Coléoptère, "Coléo"), de Philippe Bernard Lévy ("Phiphi"), Léon Allaman, très jeune(Benjamin, "Ben"). Puis un cultivateur du coin (Montlaur Bernet) venu des maquis de la Creuse: Armand Recur ("Robin")excellent combattant. Puis deux soldats de l'Armée Rouge, faits prisonniers à Kiev, évadés de leur camp en Lorraine: Nadenov Georges ("Grégor")officier, Kostuchenko Nicolas ("Nicolas"). Grégor et Nicolas ne parlaient que le russe et un peu d'allemand. "Jito" servait d'interprète. Grégor apprit vite le français. Nicolas était plus "lourdaud". Ensuite, un parisien dont j'ai oublié le nom, pas très "franc", genre "souteneur", Louis Mazet ("Loulou"), ouvrier à la biscuiterie à Auch, Alain Lusseau("Dudule"), ouvrier à Paris. Nous étions maintenant 21 maquisards. Gilbert Degert, un ancien de l'Auberge de Jeunesse, ne nous avait pas rejoint: il devint le chaufffeur d'un des chefs (?) Christian Fontan("Fabrice"). Si le groupe s'était agrandi, l'armement, lui, n'avait pas fait de petits. Rien de plus depuis St Blancard. Deux postes de garde: un sur le versant ouest donnant sur la vallée du Gers, l'autre sur le chemin menant chez Monties. Ravitaillement par les fermiers voisins(Monties, Montcassin, ...)dont beaucoup avaient des fils F.T.P.F. en "réserve" pour leur mouvement. Menu peu varié: fèves, jambon de Pays, patates, vin à volonté, armagnac (hélàs, pas à volonté). Parfois un mouton.
Nous avions hérité (où?) d'un petit chien noir, nommé(par nos deux aviateurs Léon et Yvon)"Contact". Il était idiot, un peu pédé, (quand on avait un mouton, il ne tenait pas en place.) mais on l'aimait bien. J'aurai une blessure au genou, et il me l'a soignée (?) en la léchant! Nous poursuivions l'entraînement, en se familiarisant avec l'environnement. Les postes de combat étaient affectés, les "chefs" désignés. (On ironisera plus tard sur les officiers F.F.I. Facile. Mais les officiers de carrière ne se bousculaient pas à l'entrée des Maquis, fallait faire avec les moyens du bord.) Et puis on rigolait des bons coups! Il fallait nous voir nager dans le Gers glacé, tout nus, avec les tas de vêtements alignés sur la berge, surmontés d'un pétard, et "surveillés (?) par une sentinelle! Et les retours d'expéditions "charbons de bois", car nous allions très loin faucher des sacs de charbon de bois, pour démarrer un stock, en cas où nous trouverions un camion à gazogène.Arrivée de "gus" noirs des pieds à la tête, un vrai régiment de Sénégalais. Et les jeux de ballon dans la cour de la ferme.
Pendant ce séjour à Arrouède, nouvelle mission de parachutage, cette fois près de Chélan, à l'ouest de la route d'Auch-Lannemezan, presque en bordure de cette route fréquentée par les allemands. Le terrain appartenait à Monsieur Bajon, éleveur de trotteurs. Indicatif de la B.B.C. "La France et les Etats-Unis sont toujours de bons amis". L'avion est bien arrivé à l'heure, mais par une erreur de navigation (toutes les vallées se ressemblent) il tournait au-dessus d'une lointaine vallée. Nous l'entendions bien. Malgré l'allumage des feux - et quels feux, on devait les apercevoir de Berchtesgaden - et malgré la balise Eureka, il ne nous vit pas. Quelle déception. Heureusement des terrains de secours existaient, dans les Landes je crois, et il dut se débarasser de sa cargaison chez les "Collègues" (les avions ne pouvaient pas regagner leur base avec leur lourde charge). Tant mieux pour les bénéficiaires de cette manne, tant pis pour nous. Autres parachutages manqués; le 11 avril: indicatif "Tel qu'en lui-même l'éternité le change" (Duhamel) et un peu avant le débarquement, mais j'ai oublié l'indicatif. Par contre, parachutages réussis les 6 et 12 mai. Quelques messages personnels, indicatifs de parachutage pour notre secteur:
"Les ciseaux sont sur la table"
"Monsieur Bébé est réveillé" Lettre B
"Essaie de te souvenir" "
"Gabriel est fatigué" " E
"Vive la ritournelle" " L
"Marcelle est une belle fille " E
"Les pintades grossissent" " P
"La moto fait du 80" " M
Comme pendant notre séjour à St Blancard, certains d'entre nous étaient parfois "réquisitionnés" pour des actions ponctuelles. Malgré notre - relative - discrétion, notre présence à Arrouède était connue de l'ennemi comme notre effectif et notre armement minable. Par "ennemi" il faut comprendre les allemands, bien sûr, (mais ils ne voulaient pas risquer des pertes pour des rigolos comme nous) mais également les miliciens, les Francs-gardes de la Milice, les G.M.R., les gendarmes - (ces derniers ne nous créèrent jamais beaucoup d'ennuis, nous aidèrent souvent et pour beaucoup rejoignirent les maquis, un peu tard il est vrai). Renseignés sur notre faiblesse, les miliciens et compagnie décidèrent de monter une grosse opération de prestige, sans les allemands, pour se faire "mousser" auprès de ceux-ci (qui les méprisaient, et auprès de la population. En conséquence, tous leurs effectifs du Gers, des Hautes Pyrénées, de la Haute Garonne furent mobilisés. Beaucoup trop de monde, mais ce serait une partie de plaisir, et ça leur ferait un peu d'entra"nement. Les gendarmes ne furent chargés que de "tenir" les routes autour de notre camp. On saura plus tard qu'ils avaient envoyé une estafette motocycliste, Barrère, pour nous prévenir qu'à dix heures du matin ils prendraient les miliciens à revers, et rejoindraient nos forces. Mais Barrère se cassa la gu.et nous ne pûmes être avertis. Peu importe d'ailleurs, car le combat débuta "en avance", à 7 heures, et nous décrochâmes vers 9 heures. Comme je l'ai déjà dit, notre camp était situé sur une hauteur, avec une ceinture de friches, genêts, au sud, à l'est, le nord et l'ouest étant boisés, le bois touchant la ferme. Au delà des friches, des bois sur les hauteurs voisines. Imprévu pour nous - et pour l'ennemi bientôt - à 4 heures du matin Monties nous avertit qu'un camion d'armes nous attendait à l'est, sur une route parallèle à la route Arrouède-Mont d'Astarac, à 1,5 Km environ, au lieu-dit "La Cabanère". Toute l'équipe prit la route, et le déchargement de cette camionette fut rapidement effectué. C'était des armes parachutées à Montcorneil, en grande quantité. Elles étaient destinées à nous équiper le surplus devant être stocké et gardé par notre groupe. Nous étions chargés comme des mulets, les caisses de munitions et les sacs de grenades étant particulièrement lourds. Le chauffeur de la camionnette nous avertit que nous allions être attaqués à l'aube. Le chef Félix Péri décida, dans l'euphorie de cette matinée, d'accepter le combat.
Pas de repos à notre retour au camp, vers 6h, où nous attendait le chef(?) "Fabrice" et son chauffeur "Gilbert" qui ne le quittait jamais. Eux aussi nous avertirent qu'on allait être attaqués, qu'ils étaient sincèrement navrés de ne pouvoir nous aider, mais qu'ils avaient une réunion très importante(?) à X. et qu'ils devaient vite partir car ils étaient déjà en retard. Ils nous quittèrent très vite en disant: "On espère que vous vous en sortirez". Une réunion à 7h du matin, c'est ce qu'on appelle une réunion matinale! Sans commentaires. Un 3ème avertissement nous fut donné, quelques minutes plus tard, par Aimée Cavagnol, jeune résistante de Masseube, arrêtée la nuit par les miliciens, enfermée au 2ème étage d'un immeuble. Elle put se détacher, sauter par la fenêtre. Et c'est avec une cheville foulée qu'elle parvint à faire les 8Km à travers champs et collines pour nous avertir de l'attaque. Elle voulait combattre à nos côtés, mais on la renvoya après qu'elle nous eut aidés à garnir les chargeurs de STEN. Chapeau! Grande activité pour dégraisser sommairement et monter les deux mitrailleuses légères BREN MKI, les fusils Enfield N1/44 MKI, les mitrailletes STEN MKII, (démontées en trois éléments et rangées dans de petits sacs en jute) remplir les chargeurs, mettre les détonateurs dans les grenades défensives MILLS N1/436 MKI, répartir les armes, etc… Personnellement je m'occupais de mettre les détonateurs dans les grenades. Il y en avait deux tas: un avec les détonateurs, l'autre sans détonateurs. Lorsque mon heure de grade arriva, j'interrompai mon travail et abandonnai ces deux tas absolument identiques extérieurement. Plus tard, lorsqu'il faudra repousser le deuxième assaut ennemi, certains de mes camarades puiseront dans le tas des grenades inertes, et je me ferai engu.mais ça sauvera la vie à pas mal de miliciens. Donc, je partis au poste de garde, sur le chemin de Monties. A peine arrivé, je vis déboucher du bois au sud-est, comme à la parade, en bel uniforme bleu-marine, bérêt, l'élément d'attaque sud de nos assaillants, une véritable armada! Je ne tirai pas et regagnai le camp sans me faire voir (?) Je donnai l'alerte, et chacun interrompit ses occupations pour regagner son emplacement de combat. Les tireurs au Bren étaient les deux russes, aguerris. Ils connaissaient bien leur métier, et ne tirèrent qu'au dernier moment. Surprise mortelle pour les miliciens qui s'attendaient à une "promenade militaire", n'ayant à affronter, pensaient-ils que quelques misèrables pétoires! Ils firent glorieusement demi-tour, battant au passage quelques records olympiques, et une fois à l'abri des arbres nous mitraillèrent copieusement, mais nous étions bien abrités. Seul résultat de ce tir: une balle dans le bois du fusil de "Robin", et une balle entre le pied et la semelle de chaussure de René Lavache. Anecdote: Lorsque "Grégor", tirant au F.M., commença le tir, la première balle, forçant dans le canon, entra"na celui-ci à quelques pas: il avait oublier de l'agrafer. Il ne perdit pas la tête, le ramassa, le bloqua soigneusement et repris le tir! Tout ça au nez des attaquants. Heureusement pour nous l'ennemi n'avait pas de mortiers. Ils tentèrent courageusement un deuxième assaut, sur le versant sud-ouest, mais furent repoussés à la grenade. Ils se replièrent de nouveau. Ensuite on se canarda de loin. Personnellement, j'étais posté derrière un arbre faisant partie d'une haie délimitant la cour de ferme, côté sud, et tirai au fusil. Cet arbre laissait un découvert, de chaque côté, avant que reprenne la haie. Un ennemi avait dû me voir me cacher derrière cet abri, pas plus gros qu'un poteau télégraphique, et il devait être bon tireur, car ses balles s'alignaient sur l'arbre, un peu plus haut que ma tête qui dépassait pour pouvoir viser. Je reculai donc, laissant l'arbre entre le tireur et moi, en rampant, et regagnai ensuite la haie où il ne pouvait savoir exactement où j'étais. C'est un exemple pour montrer que le "métier" s'apprenait sur le tas, sauf si un coup malheureux n'interrompait l'apprentissage... Vers 9h, Félix commanda une percée par le Nord, boisé, car nos observateurs nous signalaient un important mouvement de camions sur la route Auch-Lannemezan. Nous craignions que ce fussent les Allemands. En fait, comme on l'apprendra plus tard, ce n'était que les gendarmes qui faisaient la navette.
On abandonna quelques mitraillettes qui avaient opposé de la résistance à leur montage (filtages défectueux, ou mal ébarbés) des munitions trop lourdes à emporter, des grenades sans détonateurs, nos sacs, le matériel de cuisine, le ravitaillement. Nous traversâmes le bois, au nord, et notre sizaine dont Yvon était le chef, fut abandonnée sur une hauteur, à 200 mètres de la ferme, au N.E., d'où l'on dominait le camp, camouflés dans les buissons et les genêts, pour protéger le repli de nos camarades. On devait tenir 1/2 heure, puis rejoindre le groupe. Nous pensions être "sacrifiés", et on avait préparé le pistolet "Le Français" pour nous suicider afin de ne pas tomber vivants aux mains des bourreaux. Mais ça se passa bien pour nous. A peine installés (Yvon avait pris le BREN à Nicolas)on vit les miliciens envahir la ferme, nous les voyions déménager leur butin(sauf la nourriture qu'ils croyaient empoisonnée). Nous n'avons pas tiré tout de suite, attendant qu'ils fussent plus nombreux dans la partie de la cour de ferme qui nous était visible. Alors on vida nos chargeurs, soit une centaine de cartouches, et on décampa, ayant quand même hâte de retrouver les copains! Ouf! Tous les quatre (Yvon, P'tit Jean, Roger, moi-même) rejoignimes le groupe et nous passâmes le Gers à gué à 1Km environ de la ferme, et fonçâmes droit vers l'ouest. Les ponts étaient gardés. Nous avons traversé la route Auch-Lannemezan vers Lannemazère. Nous avons vu des gendarmes dans les fossés. Est-ce que nous avions l'air terrible? Ils ne tirèrent pas, nous non plus, évidemment. Nous étions surchargés d'armes et de munitions ayant tout abandonné pour en porter le maximum (Nous avions, avant le combat, caché nos paquetages dans les genêts de la pente sud-ouest du camp, mais ce faisant nous étions visibles par les observateurs placés sur la route et munis de jumelles. De plus le deuxième assaut de l'ennemi passait dans ce secteur. Alors paquetages capturés). Passée la route, en se retournant, on voyait de la fumée à l'emplacement de notre camp: les miliciens comme à leur habitude avaient incendié la ferme, avec le mobilier et le matériel agricole. Ca faisait bien dans le paysage, à leurs yeux tout au moins. En plus de leur butin, ils ramassèrent un plan d'opérations que nous devions déclancher contre eux le jour du débarquement dons nous ignorions la date bien sûr (il aura lieu 3 jours après le combat d'Arrouède). A la lecture des réjouissances que nous leur préparions ils eurent une peur bleue, et tous les miliciens du Gers, dispersés dans leur ville ou village respectifs, se réfugièrent tous, le lendemain, eux, leur famile et leur chien, dans le lycée d'Auch transformé en forteresse. Jusqu'au 6 Juin, nous évitâmes de nous montrer, traqués cette fois par les Allemands, fous furieux de la raclée infligée à leurs valets. Pas le moment de tomber entre leurs griffes. Mais je reviens à notre percée du 3 juin. Après la traversée de la D929, toujours cap à l'ouest, on a infléchi notre marche vers le sud. Notre chien "Contact" nous avait suivi, mais cette andouille n'arrêtait pas de gueuler, risquant de nous faire repérer et Félix dut l'assomer d'un coup de crosse de fusil, le laissant pour mort. En réalité on le retrouvera dans les ruines de la ferme, deux jours après. Plus tard, lors d'un déplacement, on a croisé une colonne de F.T.P., et ce couillon de chien a suivi le mauvais groupe. On ne l'a jamais revu! Nous nous sommes cachés dans une maison abandonnée, à quelques dizaines de mètres au N.E. du cimetière de Montlaur-Bernet, village de "Robin", en bordure de la route qui descendait sur la D929, Auch-Lannemezan. Il y avait un poste de garde dans le cimetière, à l'angle S.O. d'où l'on pouvait surveiller la route. Certains copains, pourtant des "durs", courageux au combat, n'aimaient pas beaucoup les gardes de nuit, en ce lieu pourtant fréquenté que par des gens peu belliqueux. Moi, ça ne me faisait rien. Nous évitions de nous montrer - il y avait des bavards dangereux par leur inconscience, dans la population, et beaucoup de résistants furent leurs victimes. Parties de "Poker" interminables, Jito étant notre professeur, ou de "Douraki" avec les russes. Pour faire le 4ème, je fus admis "Russe d'honneur". J'ai appris à ce jeu de très bons jurons russes (ça m'a conduit plus tard à étudier cette langue difficile.). J'ai perdu moitié de ma fortune au jeu (Cette fortune au départ était de 1000F).
A ce sujet, l'argent, je signale que nous n'avons, nous, "les petits, les sans-grades", jamais touché le plus petit centime. Matériellement ce n'était pas très grave, car nous étions nourris gracieusement - au sens propre comme au sens figuré - par les fermiers gascons à qui l'on ne rendra jamais assez hommage: sans eux nous n'aurions pas existé! C'était leur façon de participer à la lutte, et non sans risques. Pour les bricoles, les commerçants étaient mis à contribution, ça ne convenait pas à certains, mais nous estimions qu'on risquait notre peau pour leur libération (souhaitée ou non)et qu'ils pouvaient faire un petit effort pour nous "donner" une paire de chaussettes par exemple. Hommage particulier aux boulangers, Lartet à Masseube, Dattas à Panassac, par exemple, j'oubliais Béria à Saramon, qui ne nous laissèrent jamais manquer de pain, et du bon. Le 5 juin, veille du débarquement - mais nous l'ignorions - je suis parti avec Louis Cam (P'tit Louis) à Gaujan, à 3 heures de route environ, équipés de sacs à dos, pour nous rendre à la ferme Lafforgue où étaient entreposés des "tubes" de ravitaillement: conserves américaines bizarres(pâté sucré par exemple) , cigarettes "job", chocolat(ce chocolat faisait partie de rations "de survie" mais les emballages étaient imprimés en anglais, langue mystérieuse pour nous: nous enavons donc mangé assez pour survivre 1 an, mais on ne l'a su que plus tard!)Nous avons été les bienvenus à notre retour à Montlaur-Bernet, et le soir gueuleton (?) avec cette nourriture hyper-sucrée et super-vitaminée. Le matin du 6 juin, départ très tôt, pour marcher vers l'ouest. Arrêt dans un petit bois, au bord d'une route, pour casser la croûte et se reposer, car nous trimballions toujours un surarmement. C'est là, vers 8 heures, que nous avons appris le débarquement allié en Normandie. Enthousiasme, accolades, danses du scalp: nous n'étions plus "seuls", et quel coup de main ça allait être!. Notre moral, dès cet instant, grimpa en flêche. C'était prématuré, car en fait dans cette Gascogne si éloignée du front, rien n'était changé: les allemands étaient toujours là, de plus en plus virulents, notre groupe était toujours traqué, nous n'avions pas de "base arrière" comme dans les armées conventionnelles, pas d'hôpitaux, pas de réserves, rien, rien. Mais c'était un peu comme au football, où le moral compte pour beaucoup pour une victoire. Nous primes une cuite mémorable. Ce n'était pas sérieux, car si les allemands étaient passés par là, ils n'auraient eu qu'à nous cueillir, sans aucun risque. Si nous ne vîmes pas les allemands, nous vîmes arriver une voiture, avec l'inévitable Fabrice et son chauffeur Gilbert, qui nous apportaient des chasubles en couvertures de laine, et l'ordre de faire demi-tour et de mettre le cap vers l'est, vers les bois de Salerm. Des bruits couraient parmi notre équipe: nous allions attaquer Auch, ou alors nous allions recevoir une armada aéroportée alliée, ou bien faire mouvement vers la Montagne Noire pour attaquer la célèbre division blindée "Das Reich" qui se regroupait pour monter en Normandie, etc. Quoi qu'il en soit, on ne se cachait plus, nous étions libérés avant l'heure, au moins moralement. Nous ne nous déplacions plus à travers champs, mais sur de bonnes routes, en chantant. Euphorie qui aurait pu être dangereuse, mais tout se passa bien. A Salerm, notre groupe de 21 maquisards fur scindé en deux. L'intrigant Fabrice nanti d'ordres officiels, put se constituer un maquis, "son" maquis: il préparait son avenir, ses futures promotions, et comme pour beaucoup d'opportunistes de la Résistance, ça lui réussira. Félix Péri, notre véritable chef, choisit ses hommes parmi "ceux de 43" en priorité: Jean Lecoq (P'tit Jean), André Guilleteau (Dédé), Yves Desgrousilliers (Yvon), Jean Péri(Jeannot), Léon Laffitte(Léon), Maurice Lavache (Momo), René Lavache(René), Alain Lusseau (Dudule), Louis Mazet(Loulou et x. (la Gouape parisienne, et moi-même Jacques Chaunu(Jacques de Paris). Avec Fabrice, partirent: Roger Tessier (Roger), Louis Cam (P'tit Louis),Georges de Vierkowski (Jito), Georges Nadienov(Grégor), Nicolas Kostuchenko (Nicolas, Armand Recurt (Robin), René Bovetès(Coléo), Philippe Bernard Lévy (Phiphi), Léon Allaman(Ben), Gilbert Degert(Chauffeur de Fabrice, éminence grise.)
Le Groupe Fabrice partit au nord-ouest d'Auch, dans l'Armagnac je crois. (On ne revit plus les copains jusqu'à la libération). Fabrice ne déclencha qu'une seule action - très mal préparée - contre un convoi allemand à Lahitte, et par miracle, ne perdit aucun homme. (Seul P'tit Louis fut tué lors d'une simple action de ravitaillement, imprudente, dans une épicerie à Plaisance). Mais il sut se faire "mousser", et à l'écouter, il aurait libéré le Gers à lui tout seul. Notre groupe - donc le Groupe "Félix" - se dirigea vers Simorre où un regroupement avait lieu, sous les ordres du Dr. Raynaud. On trouva là beaucoup de jeunes, et des cars pour le transport: ça devenait sérieux! Le débarquement avait été le signal pour de nombreux jeunes, des cultivateurs pour la plupart, pas spécialement ennuyés par le S.T.O., mais avant tout patriotes, de rejoindre les Maquis. Jusque là nous étions -il faut insister sur ce point- très peu nombreux à nous battre sur le terrain, ça ne "se bousculait pas au portillon" pour s'engager. Enfin mieux vaut tard que jamais, et ces maquisards ont droit au respect, ayant infiniment plus de mérite que les "résistants"(?) qui apparaitront après la libération. (Ces derniers, il est vrai, combattront courageusement face aux poches de l'Atlantique, dans la Campagne de France et d'Allemagne). Jusqu'au débarquement, je n'ai pas beaucoup parlé des officiers français pour l'excellente raison qu'aucun d'entre eux n'avait jamais rejoint nos rangs! Je suppose qu'être tranquillement au chaud, chez soi, en demi-solde, devait être préférable que d'aller "se commettre avec la racaille"? Pas du tout complexés par la raclée qu'ils prirent en 40, eux aussi furent de bons opportunistes sur le dos des humbles maquisards. L'Histoire les jugera-t-elle un jour? ca m'étonnerait. Il y eut -heureusement pour l'honneur de l'Armée- des Maquis rejoints par des officiers. La guerre étant un métier -métier justement enseigné par des officiers- ce furent ces maquis qui se battirent le mieux, qui obtinrent les meilleurs résultats. Ce n'était pas dû au hasard. Donc mille remerciements à ces derniers, et honte à ceux qui n'apparaitront qu'à la Libération, hélàs les plus nombreux, et qui feront tout pour nous rabaisser, nous faire oublier, façon machiavélique de se grandir, eux. Nous fumes donc connaissance avec tous ces gars principalement de L'Isle en Dodon, en Haute Garonne, mais aussi de Samatan, Lombez, d'un peu partout. Notre groupe avait la "cote" car on s'était déjà battu, nous étions des vétérans(faut l'dire vite) et étions très entourés. On avait aussi un armement impressionnant: nous avions tous une mitraillette ou un fusil, un pistolet ou un révolver, un poignard, et des grenades. Yvon avait son Bren, l'arme "lourde" du groupe. Ce nouveau Maquis, sous les ordres du capitaine Raynaud(médecin militaire, médecin et pharmacien à Lombez) pris ses quartiers chez Pierre Cassagnabère, un cultivateur (accessoirement charcutier) de Simorre, "vieux" résistant. Il vivait avec sa femme, 2 garçons et 2 filles. Sa ferme dominait la ville, il prenait de gros risques. Tout le monde fut armé et l'on vit appara"tre, en plus de nouveaux Bren, des bazookas, arme totalement nouvelle. Ni mortiers, ni mitrailleuses. J'avais une blessure bénigne au genou, mais suffisante pour m'empêcher de marcher normalement. Alors que les copains cantonnaient dans les dépendances de la ferme, moi j'avais droit à la maison des maîtres! Un vrai Pacha, dorloté parles filles et les fermiers. Le "toubib" (surnom, bien sûr, du Docteur Raynaud) me donna un Colt 45 tout neuf, et je refilai mon vieil Enfield Kommando, avec un peu de nostalgie, à un copain espagnol, qui en mourrait d'envie. (Il n'y avait pas assez de pistolets ou de révolvers pour tout le monde). C'est là, dans la vaste cuisine de Cassagnabère ("Pierre")que je me liais d'amitié avec le Dr. Raynaud. Je lui avais raconté tous nos "coups" depuis le Moulin de Batan à Masseube, et du coup il nomma notre sizaine "Groupe Franc" totalement, indépendant du reste du Maquis: le chef restait Félix Péri, mais il faisait partie des huiles, et il était souvent absent de notre groupe. Pratiquement, le chef était Yvon que nous respections tous, entouré de P'tit Jean, Jeannot, Momo, René, Dudule, Loulou et moi-même ("Jacques de Paris"). C'était une sizaine étoffée, mais tous bien entraînés et - relativement - expérimentés. Yvon était tireur au Bren, Momo étant son chargeur. Nous avions même une paire de jumelles Zeiss, prise de guerre(qui retournera, hélàs, aux allemands).
Le Maquis n'est resté que quelques jours chez Pierre Cassagnabère. De Simorre, il a fait mouvement pour cantonner à Betcave Aguin, puis ensuite il s'est installé pour plus longtemps à l'E.N.E. de Tachoires, à 3 Km environ de ce village, au lieu-dit "Le Libou". C'était un endroit très isolé, entre les deux vallées de l'Arrats et de la Gimonne, orientées N.S., non patrouillées systématiquement par l'ennemi, mais que leurs convois, par contre, empruntaient volontiers. La ferme abandonnée se trouvait sur une crête. Partant de cette base, le Maquis eut une activité débordante. La chronologie des actions est un peu confuse dans ma mémoire. Il me souvient d'une expédition dans la région de St Elix(vallée de la Ba•se), où nous arrivâmes presqu'en même temps qu'une colonne allemande. En fait, nous les aperçûmes, mais eux ne nous virent pas. C'était un convoi lourdement armé, Rraynaud a sagement évité l'accrochage, prétendant avec sagesse qu'il faut parfois savoir dire: "courage, les gars, fuyons." Nous n'avons pas fui, mais sommes restés tranquillement planqués, en position de combat, quand même, au cas où. Même alerte, un jour, à Tachoires, mais comme nous n'avons pas vu un seul frisé, je suppose que c'était un test pour juger nos réactions? Je me rappelle aussi, vers la mi-juin, être allé avec P'tit Jean, protéger les tous jeunes enfants de Raynaud, Hélène et Gilbert, traqués par la Gestapo. Peut-être y avait-il aussi Mme Raynaud? Nous étions les meilleurs tireurs du Groupe Franc,mais nous n'avons pas eu à utiliser notre talent. Plusieurs descentes du Maquis à Samatan, Lombez, villes jumelles sur la Save, arrestations de traîtres. Notre Groupe Franc était spécialement chargé de ces opérations. Il disposait d'une Peugeot dernier modèle (1939), voiture de sport, rouge, décapotable, mise à notre disposition par Madame Lucette Dulherm, de Tournan, dont le mari était prisonnier. Ce véhicule était célèbre - et redouté - dans tout le secteur. La capture des agents ennemis était un "travail" dangereux, car ils savaient ce qui les attendaient, ils prenaient donc mille précautions, étaient toujours armés et prêts à vendre chèrement leur peau. Lors d'une de ces descentes à Lombez, le 17 juin je crois, je fus chargé de l'arrestation d'un "Gestapiste", pendant que les copains allaient en raffler deux autres. On m'avait prévenu que ce salopard était français, coiffeur, très dangereux, et que je devais l'abattre sans hésiter s'il tentait de résister. Mais que je devais de préférence le ramener vivant. Heureusement que je fais partie de ceux qui n'ont peur ni avant, ni pendant l'action, mais seulement après, rétrospectivement, ce qui arrange bien les choses. Je m'armai donc de l'unique mitraillette THOMPSON 1928 du groupe, avec un énorme chargeur circulaire de 11,43, de vrais obus, le tout devant peser dans les 10 Kg et fonçai vers le salon de coiffure. La porte était ouverte, mais obturée par un rideau en perles de bois, comme ily en a beaucoup dans le Midi. Hélàs, je m'empêtrai dans toutes ces ficelles, la mitraillette aussi prise dans ces tentacules, et je m'attendis à être transformé en écumoire par l'horrible coiffeur. Je réussis quand même rapidement à me dépêtrer. (En réalité, ce dangereux individu était un inoffensif barbier, qui nous rejoignit d'ailleurs au Maquis. Il s'appelait Pierre ("Pierrot")("Cucul")Un client s'enfuit, serviette autour du cou, figure à moitié rasée. Il doit encore courir! Comme quoi il fallait être prudent concernant les informations qui nous étaient données, et ne pas avoir la détente trop rapide, on aurait plus d'une fois tué des innocents, victimes de ragots de village. Les traîtres étaient jugés dans cette ferme du "Libou", qui restera d'ailleurs le Tribunal du Maquis jusqu'à la Libération. Les "juges" furent le Dr. Reynaud, Maurice Espitalier, Félix Péri. Petit Jean et moi étions les "gardes". Verdicts de ces jugements: la mort, ou la libération immédiates, pas de solutions intermédiaires. La sentence de mort était immédiatement applicable. Pour ce qui nous concerne, il n'y eut jamais, même avec les pires salopards, jamais de sévices physiques, jamais de torture, ce n'était pas le genre de la "maison", et n'importe comment le Dr. Raynaud s'y serait opposé. Si la plupart des condamnés à mort imposaient le plus profond dégoût, certains méritèrent tout notre respect, mais c'était eux ou nous.
Mais je reviens aux expéditions de ce mois de juin 1944: En application des Plans Alliés, coupures des liaisons téléphoniques, en abattant les poteaux, en cisaillant et en emportant les fils (pour retarder les réparations)Coupures de voies ferrées: une fois, nous devions faire sauter la voie entre Aubiet et Gimont. Nous étions arrivés par le sud, en prenant de petites routes secondaires. La voie était encaissée, à l'endroit choisi. Un groupe s'occupa de miner les rails, un autre(notre sizaine) se plaça en embuscade en haut du déblai, d'où l'on contrôlait la route AUCH - TOULOUSE, parallèle à la voie ferrée. Une autre équipe, avec un bazooka alla s'embusquer derrière une haie, qui longeait cette route, au nord, en face de nous. A propos de bazooka, modèle américain A.T. M1 A1, je me rappelle la première fois où nous les avons essayés: il y avait des "modes d'emploi", mais rédigés en anglais, langue aussi mystérieuse pour nous que le moldo-valaque. Comment pouvait fonctionner ce tuyau de po'le! Peu versés dans les langues, mais dégourdis quand même, nous avons "à peu près" pigés le truc. Nous avons sortis une vielle cuisinière en fonte des dépendances de la ferme(c'était à Tachoire), et on l'a traînée à une centaine de mètres. Un “volontaire désigné d'office” a posé le tube sur son épaule, un collègue a engagé la torpille par l'arrière et branché les fils. Nous retenions tous notre souffle, prudemment à l'écart, et.une longue flamme est sortie par l'arrière (heureusement personne ne se trouvait là) et l'obus est arrivé en plein dans le mille, cuisinière pulvérisée! Enthousiasme, tous voulaient un "bazooka". Ces bazookas, il y en avait une demi-douzaine, devaeient être utilisés contre les chars de la division "Das Reich". Heureusement nous n'eûmes pas à les affronter, ils ne passèrent pas par le Gers. Par contre, ces anti-chars nous serviront comme artillerie. Je reviens à notre action de sabotage de voie ferré. Donc, chacun était à son poste, mais personne ne s'était rendu compte que sur notre gauche, à quelques centaines de mètres, la route faisait un coude brusque et traversait la voie ferrée, à un passage à niveau, que nous cachait la végétation.Personne non plus n'aperçut une voiture de tourisme franchir la voie, en allant vers Toulouse. On ne l'a vue que lorsqu'elle a été arrêtée par le groupe en embuscade au bord de la route. C'était une voiture contenant de braves "civils" qui précédaient - à une distance prudente - un gros convoi allemand, avec des blindés, environ 60 camions, et avertissait les maquisards en embuscade entre AUCH et TOULOUSE, et ça ne manquait pas! Nous n'avons plus jamais entendu parler de ces braves gens qui ont dû sauver par leur initiative de nombreux combattants)Un copain a quitté cette équipe, et est "monté" nous expliquer ce qui se passait. Raynaud décida de récupérer toute l'équipe de la route, il n'était pas question de se frotter à un aussi gros convoi. Le copain repartit donc en courant transmettre cet ordre. Et c'est au moment où le groupe en se repliant se trouva à découvert entre la voie ferrée et la route, que le convoi allemand apparut: serrement de coeur, on s'attendait à une sacrée bagarre. Mais, miracle, les allemands ne tirèrent pas, ils accélérèrent au contraire. Nous, évidemment, ne tirâmes pas non plus, pas fous, trop heureux de s'en tirer à bon compte. Et les camions défilaient, défilaient, les copains aplatis sur le pré, nous, collés au talus, car si le convoi défilait devant nous, il franchissait également le passage à niveau, sur notre
gauche! C'est long, un convoi de 60 camions et blindés. Et les minutes aussi sont longues. Enfin, nous avons poussé un soupir de soulagement après le passage du dernier blindé fermant la marche. Les allemands non plus ne devaient pas être fiers, car leurs convois étaient "grignotés" par des embuscades successives, camion après camion, sans pouvoir le plus souvent riposter, ils avaient une grande frousse des maquisards. Mais notre mission n'était pas terminée: les explosifs étant en place, amorces, détonateurs, cordtex, mêche lente, etc.tout ça bien accroché avec du chatterton, voilà qu'apparaît au loin sur notre gauche, la micheline Auch-Toulouse!(Nos responsables n'étaient vraiment pas des professionnels". Ne pas avoir vu le passage à niveau, et maintenant ne pas s'être renseignés sur les horaires, pas malin. Encore une fois, manque d'officiers compétents). Heureusement, la Micheline roulait doucement, on a pu la stopper à temps.
Il fallut tout défaire, on se fit même engueuler par le chef de train (il n'avait pas peur, mais un colt placé sous son nez le fit quand même taire!). Aucun ordre ne fut donné de contrôler les voyageurs: il y avait probablement des allemands.En tous cas, ils ne se manifestèrent pas - pas fous - courageux mais pas téméraires... La Micheline passa donc au pas. On remit tout en place, l'ordre fût donné de se replier, à travers le bois au sud de la voie ferrée, vers les camions; pendant ce repli les cordons Bickford se consumaient, à la vitesse d'1 cm/s. Avant d'atteindre les véhicules, nous fûmes secoués par une énorme explosion. On n'avait pas lésiné sur le T.N.T. il y en avait toujours de grandes quantités dans les parachutages "standards". Voilà, une mission "mouvementée", mais menée à bien, et des émotions en prime. La voie fut réparée, et une autre expédition fut lancée pour de nouveau la faire sauter: ce fut un échec, les "responsables" ayant tout simplement oublié les
détonateurs! Malgré un dangereux bricolage avec des détonateurs de grenades "Mills", "ça ne péta pas", et on rentra bredouille. Encore une fois, je persiste à dire que les officiers français en congé, qui ne rejoignirent pas les Maquis furent responsables de ce genre d'échecs, et pire: de la mort de nombreux maquisards. Le Général de Gaulle, de Londres avait ordonné aux officiers d'active en disponibilité de rejoindre les forces combattantes, sous peine de dégradation. Il n'a jamais tenu parole. Par contre il dégrada les officiers F.F.I.! (J'étais moi-même sous-lieutenant F.F.I., mais lorsque je touchai un livret militaire, j'étais classé "2ème classe", même pas 1ère classe!) Merci, mon Général! La chasse au traître se poursuivait, le gibier, hélàs, ne manquait pas. A Samatan, notre Groupe Franc fit irruption dans une maison, armes braquées, pour arrêter un gestapiste: un type s'enfuit en courant par l'arrière de la maison. Sans épauler un maquisard fit feu avec son Enfield, la balle fit sauter le crâne, la cervelle aussi, et le chien de la maison la ramassa et fila avec macabre! En fait, c'était un réfugié belge qui avait pris peur en nous voyant - avait-il la conscience tranquille? - mais ce n'était pas notre client qui lui, avait dû filer avant. Les allemands étaient très nerveux dans ce secteur de Samatan-Lombez, perquisitionnant, arrêtant, tiraillant sur des maquisards imaginaires, nous leur fichions quand même la trouille, ce qui était flatteur. Le Maquis Raynaud quitta Tachoires le 24 juin pour aller occuper non loin de là, deux fermes abandonnées entre Meilhan et Villefranche d'Astarac, sur cette dernière commune. Le gros du Maquis occupa la ferme Priou, un faible effectif occupa une ferme plus petite, la ferme Larée, à 400m environ à vol d'oiseau. Ces deux bâtiments furent reliés par un téléphone de campagne. Nous disposions aussi d'un gros poste radio émetteur-récepteur, récupéré sur un camion de commandement allemand capturé lors d'une embuscade. Le poste était intact, mais il ne pouvait pas être utilisé par manque du quartz adéquat qui devait nous être livré lors d'un prochain parachutage. (Je n'y connaissais pas grand chose). Notre Groupe Franc fut cantonné à la ferme Priou, qui était composé d'un corps principal et de deux ailes, qui délimitaient une cour ouverte vers l'est. Nous couchions au 1er(et unique)étage, dans le fenil de l'aile sud, avec vue sur la cour, et sur la cuisine située en face, dans l'aile nord. Cette cuisine servait aussi de salle de réunions pour les "Chefs". Nos conditions de vie étaient agréables: le temps était superbe, la nourriture abondante. Merci à nos généreux fermiers gascons et le pinard ne manquait pas (je n'ai pas oublié le parfum très agréable du "Noah", plant qui fut interdit par la suite, car il rendait - parait-il - dingue! On s'en est bien remis, merci). Je l'ai peut-être déjà dit, mais sans l'aide de nos amis paysans qui participaient à leur manière à la libération du Pays, les Maquis n'auraient pû exister. Furent-ils un jour officiellement remerciés? Je n'en suis pas sûr. Il n'y avait pas d'eau potable à la ferme - seulement un vivier: il fallait effectuer des corvées d'eau et remplir des "tubes" à la ferme Peyrouton, habitée par des "civils": un "vieux", une "vieille", et deux jeunes filles., à 200m environ du camp. Au delà des bâtiments, sur le versant nord, il y avait une source d'eau pure, fraîche à souhait.
Le jour de la mort de Philippe Henriot, fin juin, début juillet, jour de liesse pour les Résistants - nous avions eu droit à une distribution d'apéro - genre Martini - apéro qui était contenu dans un tube, renforcé à sa partie supérieure par une cornière. Celle-ci formait barrage et empêchait de vider entièrement le récipient. Après manger, "Dédé", devenu chef cuistot, gueula un grand coup pour réclamer des volontaires pour la corvée d'eau: pas de succès, l'apéro avait dû rendre les gars complètement sourds. (Pas étonnant, avec les "Ersatz" qu'on incurgitait à l'époque.) Il gueula donc un peu plus fort - ce qui était un exploit - en faisant de vigoureux clins d'OEil dans notre direction: on pigeait vite, et tout le Groupe Franc se porta volontaire. "Dédé" nous montra au fond du tube une bonne épaisseur d'apéro restée prisonnière. On attacha le récipient à une perche, et, en avant vers la source. En cours de route, on coupa des "chalumeaux" dans un champ de blé, et à l'aide de ces "pailles", la tête plongée dans le tube, on assécha fort proprement le reste de Martini. "Il n'y en avait pas haut, mais il y en avait large". Conclusion: ce fut un Groupe Franc cuit à point, cinq poivrots, qui se présenta à la Ferme Peyrouton! Je ne me souvient plus comment on a fait pour rapporter la flotte, dommage qu'il ne se trouva pas là un caméraman des Actualités Françaises (?). Le Maquis Raynaud avait un parc automobile bien fourni, mais je ne me souviens pas exactement du nombre exact et du type des véhicules. Je me rappellle une Simca "six" (sa carcasse y est toujours), de "Tractions Avants" Citroën, d'un autocar (visible au Monument), d'un gros camion Latil (?) garé contre la Ferme Prion à l'ouest, à l'abri d'un rideau d'arbres;(ce camion sera chargé de tous les explosifs et munitions du Maquis), d'un autre gros camion, remisé dans le chemin à l'est du camp, en contrebas, d'une camionnette, et, j'allais oublier, de la Peugeot rouge du Groupe Franc. L'autocar était utilisé pour les expéditions de sabotage, mon groupe étant en protection sur la galerie de toit, avec Yvon au F.M. Bren, les autres avec des fusils Enfield et la THOMPSON. Parfois, je prenais aussi le F.M. Chatellerault 24- 29 qui deviendra, après Meilhan, mon arme personnelle. Il y avait possibilité de se tenir propres, laver son linge, dans le ruisseau qui coulait en contre-bas à l'est, ou dans divers "viviers". Il n'y a jamais eu, parmi les combattants du Maquis Raynaud, ni poux, ni morpions! Des feuillées étaient creusées en contre-bas, à l'est, et la chaux vive ne manquait pas. C'était "le salon où l'on cause". Les journées, en dehors des expéditions, étaient occupées par les corvées, le nettoyage des armes, comme dans toutes les armées en cantonnement. On jouait aussi aux cartes, et on s'amusait comme des gosses que nous étions. Avec René Lavache, nous avions un amusement spécial: il fallait ravitailler en gaz les véhicules du Maquis, spécialement équippés. Nous partions donc "enlever" le camion ravitailleur venu de Toulouse, lorsqu'il venait à Saramon pour faire le plein des voitures du secteur. On s'armait jusqu'aux dents - de vraies panoplies ambulantes - pour impressionner le "péquenot" et montrer en même temps que le Maquis était - enfin - armé sérieusement. Arrivés à Saramon, nous jouions la comédie: l'air vache, on malmenait un peu le chauffeur du camion ravitailleur qui mettait un maximum de mauvaise volonté à nous suivre avec son engin. En fait il était dans le coup et jouait bien son rôle de victime. Après avoir quitté la ville, on rigolait un bon coup, et on filait vers le Maquis. Ce brave chauffeur Toulousain repartait déchargé de son gaz, mais chargé de denrées précieuses: café, sucre, chocolat, confiture, etc. Après Meilhan, il me fit parvenir un blouson en cuir, que je gardai longtemps comme souvenir. Je n'ai jamais revu ce brave type. Nos chefs nous avaient indiqués nos emplacements en cas d'attaque allemande, mais sans nous faire creuser de tranchées. Mais parlons des grands chefs: le Docteur Raynaud, officier du Corps de Santé, capitaine Marcellin, commandant de cavalerie. Et c'est tout comme officiers! Le Père Bouet, sous-officier, était en fait le plus compétent. Il avait fait la Grande Guerre et aurait pu être officier. Mais il préféra rester près de ses hommes. Nous avions confiance en son expérience. Hélàs il était très sourd, et avait 69 ans.
Il y avait au Maquis de Meilhan un va et vient continuel de véhicules: liaisons avec d'autres groupes, visite de grands chefs, il me souvient de Termignon, surtout, qui venait souvent, et de beaucoup d'autres dont j'ai oublié les noms. Nous n'assistions pas aux réunions, mais en qualité de Groupe Franc, on allait et venait dans la cuisine comme on voulait, et notre vieux compagnon "Dédé" avait ,toujours une gâterie pour nous, les anciens. Un soir, visite agréable: une jolie fille avec des types. J'ai su après qu'il s'agissait d'une "parachutée", Annette, ou Colette? Envoyée par le colonel Hilaire(George Starr, anglais, du S.O.E., lui aussi parachuté, et "séviçant" dans l'Armagnac). Nous avons eu le plaisir - mais on avait un peu forcé la main, en qualité de bons tireurs, - d'être désignés P'tit jean et moi comme gorilles patentés pour escorter ce groupe (des aviateurs américains "descendus" à un "relai" dans les Hautes Pyrénées, où il devait être pris en charge par une autre équipe, pour gagner l'Espagne. Promenade sans histoire, agréable. Pas eu l'occasion de faire admirer nos talents de tireurs à la Belle (heureusement, à la réflexion.)Le 2 juillet, un avion de reconnaissance allemand survola la Ferme Priou et lâcha des tracts (signés Pétain)pour qu'on dépose les armes. Ce n'était pas un hasard. (Il aurait fallu immédiatement déménager. Mais les responsables ne voulaient pas quitter cet endroit qui devait recevoir un important parachutage. Ils manquaient de "métier", car même si nous étions partis, il était facile de revenir réceptionner les Tubes le jour (ou plutôt le soir)venu, après avoir reçu le message de la B.B.C.! Manque de métier aussi pour ce qui concerne la garde du camp: il y avait des sentinelles, mais seulement sur le pourtour. Aucune "sonnette", c'est-à-dire des observateurs éloignés du Maquis, à des carrefours où les allemands seraient obligés de passer, sentinelles munies de motos, ou même de simples vélos, qui auraient pu avertir à temps d'une éventuelle attaque. (Ce que tenteront de faire Pierre Cassagnabère de Simorre, et Jean-Louis Laffargue de Gaujan, mais trop tard lors de l'attaque de Meilhan. Le 6 juillet, en fin d'après-midi, arrivée d'un important contingent de volontaires, non équipés, non armés. Ils furent rapidement incorporés aux "Sizaines" déjà formées, armés, mais les responsables avaient remis au lendemain leur interrogatoire, leurs directives, etc. "Nous aurons le temps de tout réorganiser, en tenant compte de ces renforts, quand nous serons dans la forêt de Salerm.". Combien étaient-ils? Mystère. Après le souper, la nuit tombée, il y eut une réunion NON OFFICIELLE, sur le côteau à l'ouest de la Ferme Priou, des chefs de sizaines et de notre Groupe Franc au complet.Cette réunion avait été organisée par LOUSTEAU, communiste, quoique de famille bourgeoise. Il y avait un malaise parmi les maquisards, dû au trop long stationnement en cet endroit, et les simples combattants que nous étions "sentions" le danger, bien mieux que les "Têtes chercheuses". De plus, on avait hâte d'agir, de libérer AUCH. Lousteau nous dit, ce soir là, qu'il se chargeait de nous faire "passer" aux F.T.P.F. qui eux, disait-il, étaient prêts à passer aux actes. Nous n'étions pas opposés à cette idée, mais étant fidèles au Dr. Raynaud, que nous vénérions, on pria ce dernier de nous rejoindre, seul. On le mit loyalement au courant. Il comprit, et nous promit que nous partirions le lendemain 7 juillet pour Salerm, et que là, le Maquis serait réorganisé, et qu'on passerait à l'offensive. Nous nous séparâmes, vers 11h du soir, sur cette promesse. Je partis me coucher dans le fenil, pour dormir un peu, étant de garde de 2 à 6h du matin, à l'est de la ferme. A 2h j'allai donc relever mon camarade. Les matins étaient frais: j'étais vêtu d'un pantalon kaki en drap de l'armée, avec des bandes molletières, godillots réglementaires cloutés, chemise, et "peau de mouton", et ma veste en toile caoutchoutée "Hutchinson" kaki, très confortable, que je traînais depuis le début. Sur la tête casque 14-18 bleu horizon, cadeau d'un paysan ancien poilu. (Beaucoup de camarades avaient des casques des troupes blindées, bleu foncé, presque noir, avec une visière en cuir). J'étais armé comme à mon habitude de mon poignard, d'un colt 45 (le cadeau du Dr Raynaud), de mon fusil Enfield, et j'étais équipé d'une musette de grenades Mills, et d'une bande de cartouches.
Au Corps Franc, on se déplaçait toujours très bien armés. Pendant mon tour de garde j'entendis, très vaguement, des bruits de moteurs, mais sans m'inquiéter, les allemands se déplaçant beaucoup à cette époque. Et c'était loin, vers la vallée de la Gesse? Vers 6h, je vis un cultivateur, dans la brume matinale, conduire ses vaches, vers le sud, au pacage. Il faisait encore froid. J'ai été relevé, et suis remonté au Camp. Vite au dodo, chaussures desserrées. Pas pour longtemps, car un peu avant 7h, Félix Péri ordonna au Groupe Franc d'aller patrouiller dans le bois, au Nord Est, vers Simorre, où il y avait des "mouvements louches". On s'équipa sérieusement", avec des bandes de cartouches supplémentaires. Au passage on jeta nos paquetages avec tous nos "trésors"(?) dans un camion prêt au départ pour Salerm. Yvon avait la mitrailleuse légère Bren, Maurice (un bras plâtré, suite à un "accident de cerisier") portait les chargeurs du F.M., le canon de rechange, des Amusettes de grenades et de cartouches: le "bibendum" de l'équipe. Son frère René avait une STEN, ainsi que Louis Mazet. Jean Furcatte(incorporé la veille), Pierrot(le coiffeur)et Lousteau, ainsi que moi-même, avions des fusils Enfield. (Le corps Franc ce matin-là avait été désorganisé, pour "encadrer" des sizaines de "bleus". Ce fut peut-être une erreur?) Dès que nous eûmes quitté la ferme, j'aperçus au loin, vers Simorre, debout sur une hauteur, à la lisière du bois que nous devions patrouiller, un homme debout, qui agitait les bras. Je pensai que c'était un allemand(ou un milicien , nous ne savions pas encore à qui nous allions avoir à faire). J'épaulai le fusil, sans trop espérer l'abattre à cette distance, mais ça aurait en même temps alerté les copains. Mais Yvon arrêta mon geste, c'était un "militaire", "il n'y avait pas eu d'ordre! On fit demi-tour, on donna l'alerte, et on se dirigea vers notre emplacement de combat, sur une hauteur à l'ouest de la Ferme. Nous passâmes devant le camion de munitions, mais nous en étions abondamment pourvus, on longea la haie de séparation avec la Ferme Peyrouton, haie orientée Est-Ouest, en file indienne. Au-delà de cette haie, au Nord, sur le sommet de la colline où se trouvait la Ferme Peyrouton, se déplaçant parallèlement à notre groupe, une autre file d'hommes, semblant avoir le même but que nous.Sur le moment je pensais que c'était des copains, mais malgré les brumes matinales, je compris vite que c'était des allemands. Les boches, et nous, occupâmes nos positions respectives en même temps, et presqu'au même endroit: nous sur une butte, versant sud, eux sur la butte d'en face, mais versant nord. Un chemin séparait ces deux éminences distantes de 80m environ. Yvon tempêtait, réclamant des ordres! Moi aussi je gueulai, lui demandant d'ouvrir le feu en vitesse, car je voyais les allemands(enfin.leurs casques)installer une mitrailleuse lourde, et leurs mortiers. Enfin, il se décida, et lâcha un chargeur complet qui fit s'aplatir les allemands derrière leur butte. Ce fut le début du Combat de Meilhan, à 7h, qui opposa environ 80 maquisards à environ 1500 allemands. Avant de continuer cette relation, il faut mettre en garde, pour ce qui concerne l'Histoire du Maquis Raynaud, contre le nombre incroyable de récits qui en a été fait alors qu'il n'y avait pas de "spectateurs", et que peu d'entre nous, rescapés, ont pu y assister. Nous sommes donc très peu de témoins, et encore chacun d'entre nous n'a eu qu'une vue fragmentaire de la bataille, dans le temps et dans l'espace. Il y a ceux qui, leurs munitions épuisées, ou bien blessés, ont dû, après un certain temps de combat, se cacher, et à partir de cet instant ne plus rien voir de "la suite". Ne pas oublier aussi que la bataille se déroulait sur pas mal d'hectares. Il y eut aussi des "rescapés" du Maquis Raynaud qui durent n'avoir la vie sauve tout simplement parce que le 6 au soir ils étaient partis coucher chez eux! Parmi ceux-là, certains ne le cachèrent pas, ce n'était pas un crime, et tant mieux pour eux s'ils en réchappèrent. D'autres prétendirent avoir participé au combat - comment prouver le contraire - et s'inventèrent un récit de leur participation. Si l'on ajoute à celà que le groupe important qui rejoignit le Maquis le 6 juillet ne fut jamais chiffré, il est impossible de préciser le nombre exact de l'effectif du Maquis Raynaud à cette date, et encore moins le nombre exact des participants au Combat de Meilhan, pas plus que le nombre de rescapés à la bataille.
Seul chiffre exact, hélàs, le nombre des victimes, 75 morts, car il n'y eut ni blessés soignés, ni prisonniers non exécutés. Il m'est arrivé de lire des "interviews" de rescapés dans les journaux: aux journalistes qui les interrogeaient, parce qu'ils avaient participé à telle ou telle action, lors du Combat de Meilhan, ils répondaient "on" a fait ça et ça, et les journalistes écrivaient: "les combattants" ont fait ça et ça, ils généralisaient. C'est totalement faux: le Combat de Meilhan a été le combat d'une dizaine de groupes isolés, sans liaisons, sans ordres, sous la direction de petits chefs, car je l'ai déjà dit, il n'y avait que deux officiers, et deux officiers pas du tout formés à la guérilla! Certains de ces groupes isolés, dont le mien, ont combattu trois heures, avant d'être anéantis (je suis le seul survivant du groupe Yvon). Par contre certains groupes ont été anéantis dans la 1ère demi-heure. Je reprends le récit du combat tel que je l'ai vécu: la première rafale lâchée par Yvon fut comme un signal: de partout la pétarade se déclancha, et ne cessera que 5 heures plus tard. Maintenant, à l'abri de notre butte, à l'abri du tir des allemands d'en face, mais pas des autres, tout notre groupe tirait. Pour mieux viser j'avais appuyé mon fusil sur ma musette de grenades. A peine le combat engagé depuis quelques minutes, une formidable explosion nous bouscula, c'était le camion de munitions et d'explosifs qui venait de sauter, à 200 ou 300m en contrebas, atteint par un obus. Plus question d'envoyer un copain chercher des cartouches, il faudrait désormais faire avec ce que nous avions. Heureusement, notre groupe était bien fourni. Nous avons combattu sur cet emplacement environ une demi-heure. On était copieusement arrosé par les allemands d'en face, bien sûr, mais ils avaient dû déguster car nous ne reçumes de leur part aucun obus de mortier -heureusement. Juste une grenade à manche qui m'arriva devant le nez, mais le lanceur, secoué, ne l'avait pas dégoupillé. Je l'ai récupéré le lendemain. Ouf! Mais nous étions maintenant arrosés de tous les côtés, par des mitraillettes(pas très dangereuses en tir par rafales)du côté du bois à l'ouest, et surtout par des mitrailleuses lourdes tirant de loin, des hauteurs à l'est, vers la cote 303‚a "miaulait" dur, la terre volait de tous les côtés, c'était infernal. Léon Laffitte nous débarassa au FM 24-29 des allemands infiltrés en lisière du bois, à l'ouest, mais il avait tellement tiré que le canon de l'arme, rougi, éclata: ce type de F.M. n'avait pas, comme notre BREN, un canon de rechange, et il ne tenait pas le coup au-delà d'une dizaine de chargeurs. Le tir allemand devenait trop précis à notre goût: Maurice avait reçu une balle dans le pied, on décida de décrocher. Hélàs lorsqu'Yvon se leva en prenant le BREN par sa poignée, une rafale l'atteignit sur le côté droit, en pulvérisant au passage le F.M. On abandonna notre camarade, espérant en la miséricorde allemande.mais sans illusions. Je pris le commandement, et ordonnai le repli vers le sud, en rampant, protégés du tir des allemands engagés au nord, par la butte que nous quittions. Nous continuions d'être tirés par les autres. J'avais repéré une haie en contrebas, orientée N.S., qui nous protégerait(?) du tir des mitrailleuses de l'Est. Mais ils ne nous lâchaient pas, et arrosaient la haie au hasard, mais sans nous repérer avec précision. Les feuilles tombaient comme en automne. Cette haie descendait vers la Départementale D291, et on la suivit. Elle se terminait dans le fossé longeant cette voie. Il était peu profond, mais nous abritait suffisemment. Nous rampâmes dans ce fossé, allant vers l'est, mais quand on se trouva au sud de la Ferme Priou, de nouveau le découvert...Il fallait traverser la route pour gagner le fossé de l'autre côté. Et ça tirait dur sur ce chemin prit en enfilade. Fallait y aller. A mon signal, on bondit tous en même temps, et on plongea - littéralement - dans la tranchée. Pas de casse. Je décidai de poursuivre vers l'Est. On put ainsi progresser pendant environ 500m, à l'abri relatif du fossé. Mais on se rapprochait aussi des positions des mitrailleuses allemandes.situées au delà du bois du Priou, au Nord d'où nous étions. Passé l'abri de ce bois, ce serait l'enfer. J'ordonnai donc de quitter le fossé et de prendre la direction du sud. Il nous faudrait escalader une friche avec des genêts, des genèvriers, pour atteindre, 200m plus haut un bois important (cote 316).
Mais il y avait un os, les allemands occupaient le secteur. Il faudrait donc "percer", pas d'autre solution. On quitta le fossé en gueulant, battant au passage des records de cross, en balançant des grenades(tactique peu recommendable avec des défensives Mills)et en arrosant avec les trois STEN du groupe. Et on passa! Hélàs, LOUSTEAU resta sur la pente, atteint d'une balle au coeur après avoir crié "je l'ai eu". Il venait de tuer un mitrailleur allemand. Pierrot qui se trouvait à ses côtés disparut alors car on ne le revit pas ce matin là. On le retrouvera plus tard, vivant! Restait donc: Maurice Lavache, le bras plâtré, blessé au pied, mais qui marchait - et même courait - son frère René, Louis Mazet, Jean Furcatte et moi même, qui tentait de sortir mon groupe de l'enfer. Le moral était encore bon, on pensait s'en sortir,le plus dur nous semblait être fait. Je pensais que les allemands - malgré leur répugnance - tenaient le bois, qui dominait le champ de bataille. Je décidai donc de suivre la lisière, direction est. Arrivés à la corne du bois, tout en haut, à l'angle N.E., c'était des champs. Nous ne voyions plus l'ennemi. J'ordonnai de ramper dans un sillon profond pour aller vers l'est, donc pour s'éloigner du bois. Je fermais la marche. Mais notre groupe rampait sans le savoir vers la dernière ligne d'encerclement allemande. Lorsque j'entendis une rafale partir, en avant de nous, je murmurai: faisons demi-tour et regagnons le bois. C'est ce que je fis, toujours en rampant. Ce n'était pas sur nous que les allemands avaient tiré, ils ne nous avaient pas encore vus, je pense? Quand j'arrivai au bois, je m'aperçus que j'étais seul, les copains ne m'avaient pas suivi. Pourquoi? Ne m'avaient-ils pas entendu? Espéraient-ils pouvoir passer cette dernière ligne allemande, peu dense? Personne ne le dira jamais. Il était peut-être 9h1/2 quand je pénêtrai dans le bois. Je glissai mon fusil vide, mon colt alimenté (je n'avais pas eu à m'en servir)mon poignard, mon casque, mes musettes vides, dans un buisson touffu, gardant sur moi la seule grenade qui me restait. Entendant soudain les boches gueuler dans toutes les directions, j'escaladais un gros chêne (comment? comme on dit, la trouille donne des ailes)je m'installais accroupi sur une grosse fourche, bien protégé des regards par l'épaisse frondaison. Avec mon couteau de poche, sans rien faire bouger, je coupais quelques branches au-dessus de moi, pour les glisser tout doucement en dessous. Avec mes vêtements kakis, j'étais bien camouflé. A peine "installé", j'entendis des cris, en français, en allemand, un tir nourri, des coups de feu isolés, puis plus rien que des paroles en allemand: c'en était fini de mes camarades. (J'avais nettement entendu Maurice, ayant probablement perdu la raison, crier, avant les rafales, "contact!" "contact!". Il appelait notre chien, perdu après le combat d'Arrouède.) Les allemands ratissèrent le bois, je les devinais à travers le feuillage, ils ne virent pas mes armes, ne levèrent pas la tête, ou s'ils le firent ils ne me virent pas - bien sûr - je n'eus pas à leur balancer ma grenade aveant d'être tiré comme un moineau. Ouf! Pas le moment de jouer les héros, mais le moment de se faire tout petit, tout petit! De cet observatoire d'où je dominais tout le champ de bataille, j'assistai à la dernière phase du combat qui dura encore presque deux heures. De mes conversations, plus tard, avec d'autres survivants, je crois pouvoir dire que, grâce à cette position dans l'arbre, je suis celui qui a vu le plus de choses, non seulement à cause du parcours géographique de mon groupe, qui s'est battu sur un parcours de plus d'un Km, mais par la vision que j'ai eu pendant les dernières heures. Mais j'insiste, je n'ai pas "tout" vu, loin de là. J'ai vu les rescapés de la Ferme Larée, ferme qui était reliée à la Ferme Priou par un téléphone de campagne, hélàs pulvérisé au début de l'engagement par un obus de mortier, (Félix qui téléphonait n'a eu que le temps de plonger dans la cour, évitant la mort de justesse!), alignés par les allemands, obligés de se tenir par la main, et tués un par un d'une balle dans la nuque. J'ai vu les allemands jeter des plaquettes incendiaires dans les bâtiments de la ferme, avant d'y jeter les cadavres. A ce moment là j'ai entendu des balles siffler à mes oreilles: je pensais être découvert par un lointain tireur, mais ce n'était que des balles perdues.
J'ai vu achever des blessés, des allemands porter des civières. J'ai vu les boches pousser une camionnette intacte, pour lui faire franchir le fossé en bas de la ferme Priou, (où il y avait également une mare), pour la mettre sur la D291, et la voir sauter, atteinte par une fusée de bazooka, probablement tirée de la haie bordant le chemin(on retrouvera là le cadavre du juif Roger Aizeman. Etait-ce lui le tireur?). (Il fut sauvagement mis en pièces par les boches. J'étais là quand son père est venu reconnaître le corps de son dernier fils: tout le reste de sa famille avait été déporté. Il ramassa la boîte cranienne de Roger ("Biscuit") qui gisait à quelques pas du corps, et la mit dans sa poche. Dur. La ferme Larée brûlait, la ferme Priou brûlait... Une traction arriva en bas de la ferme Larée, avec des officiers, les allemands se mirent en colonne, et descendirent vers la D291 pour se retirer vers Meilhan où était leur P.C. (Chez Madame Cabirot, la "maman" du Maquis, qui avait toujours des gâteries pour ses maquisards). Je n'ai pas vu grand chose de ce qui se passait à la ferme Priou, environnée de fumée et de flammes. Les allemands de ce secteur durent se replier par la ferme Peyrouton, et regagner leurs camions stationnés sur un chemin orienté N.S. rejoignant la D238 menant de Meilhan à Simorre. Sur ce petit chemin, on apercevra le lendemain de grandes taches de sang "demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes". Ils avaient dû charger là leurs ambulances? Vers 10h1/2, je descendis de mon arbre. Je récupérai mon colt et mon poignard. Je laissais le reste. J'abandonnai aussi ma peau de mouton. (Je retrouverai tout, le lendemain, sauf la peau!). J'étais mort de soif. J'ignorais si tous les allemands étaient partis. Je me dirigeai prudemment vers une petite ferme, au sud-est de mon arbre, je passai devant les corps de mes camarades, sans m'attarder: ils étaient bien morts, les balles explosives ne pardonnant pas. Dans cette ferme, une petite vieille, terrorisée. Je pus me désaltérer. Elle me dit que les allemands étaient partis. Mais, méfiance, et c'est toujours prudemment que je me dirigeai vers une autre ferme, au N.E. en bordure de la D291. Là je retrouvai dans le fenil deux rescapés. Je décidai de quitter mon "uniforme" et de m'habiller en paysan. Le propriétaire de la ferme très apeuré, ne voulait pas être fusillé pour complicité avec des "terroristes" et n'osait pas me donner des vêtements civils. Mon colt le fit changer d'avis, et je pus changer d'habits. Je marchais assez difficilement, ma position accroupie sur ma branche d'arbre m'ayant esquinté les genoux, surtout celui qui avait été blessé. Je m'appuyais donc sur les deux copains, et nous prîmes le chemin de l'est, vers l'Isle en Dodon, patrie des deux camarades. On s'arrêta dans un moulin (?), après quelques kilomètres, où l'on nous prépara une omelette (on a appris plus tard que pendant ce temps-là, un membre de cette accueillante famille cherchait à prendre contact avec les allemands pour nous livrer. Charmant! Néanmoins, restaurés, désaltérés, nous reprîmes la route. Pendant le trajet, des gens nous demandaient des nouvelles d'un tel, d'un tel, que répondre? A l'entrée de l'Isle en Dodon, des religieuses, me croyant blessé, proposèrent de m'accueillir et de me soigner. Chapeau, elles risquaient simplement la mort, en recevant un "terroriste", et l'incendie de leur couvent. Nous nous sommes séparés, un des copains m'a accueilli chez lui, au milieu d'une ribambelle de gosses. J'ai passé là le reste de la journée, et la nuit. On attendait l'arrivée des allemands pour des représailles sur la ville qui avait fourni au Maquis Raynaud, son plus fort contingent. Heureusement ils ne vinrent pas, l'Isle en Dodon ayant déjà payé un assez lourd tribut pour sa Liberté. Le lendemain, retour à Meilhan, et constat des dégâts.Beaucoup de corps difficiles à identifier soit parce que brûlés, soit parce qu'horriblement déchiquetés par les obus ou les balles explosives, et même par la sauvagerie des allemands s'acharnant à coups de bottes.ou de baïonnettes sur les blessés. Joie, par contre, à retrouver vivants quelques camarades, "vrais" ou "faux" rescapés, peu importe. Récupération d'armes, cachées après avoir tiré les dernières cartouches, ou enrayées.
La population, admirable, fournit des draps pour servir de linceuls. On permit de retirer les chaussures des morts, elles étaient tellement précieuses à l'époque. Egalement, ramassage des douilles par les gosses, le cuivre lui aussi était rare. On mit la population - surtout les enfants - en garde contre le danger des engins non explosés. La gendarmerie française était présente, ainsi qu'un photographe professionnel d'AUCH pour les futures identifications. Une grande fosse fut creusée, les corps alignés côte à côte, avec leur identité présumée mise dans une bouteille, sur chaque cadavre. (Plus tard les corps seront exhumés par nos prisonniers allemands, pour être rendus aux familles qui les réclamaient).
Les survivants du Groupe Franc, de l'équipe de Masseube en 43, Félix Péri, P'tit Jean et moi-même accompagnés de Pierrot (retrouvé) partîmes nous installer chez un autre rescapé(?) Charles Abadie, à Simorre. (Léon Laffitte, rescapé lui aussi, ne se joignit pas à nous, et disparut.On ne l'a plus jamais revu!). Les parents de "Charlot" nous accueillirent en leur petite maison, surplombant Simorre, à l'ouest de la ville. Le Père était facteur. Il y avait là la mère, deux filles (Simonne et Mauricette). Un autre fils combattait chez les F.F.L. en Afrique (Maurice). La maison des Abadie était petite, on couchait dans une maison voisinne occupée par une petite vieille très "folklorique!". Nous sommes restés là quatre à cinq jours, le temps de se "remettre", de voir clair. J'avais oublié d'aller récupérer mon fusil - incroyable - mais il me fut rapporté à domicile. Mon casque avait été placé sur une tombe, à Tournan. Ensuite, nous sommes partis à Saramon, dans les fermes St Cricq, St Martin, et à la boulangerie Béria au coeur de la ville. Nous avions récupéré, après le combat de Meilhan, un side-car René Gillet-Bernardet, camouflé dans une grange par le 2ème Dragon d'Auch, lors de l'invasion de la zone sud par la Wehrmacht. Il démarra au quart de tour. Le conducteur fut Félix qui savait conduire - brillamment - n'importe quel véhicule. Je fis le "singe" dans le "panier" qui comportait à l'avant et à l'arrière, un pivot pour recevoir le fusil-mitrailleur Chatellerault 24-29. Je devins ainsi "moto-mitrailleur". Le siège arrière de la moto devint propriété du postérieur de P'tit Jean, le "dur" de l'équipe(qui aurait affronté seul un régiment de S.S. mais qui avait une peur panique des.crapauds!). Nous ferons avec cet engin - unique je crois dans la région - un travail de harcèlement des convois allemands, sans risques, on ne prenait que des chemins de campagne, et on passait partout. Nous tirions de très loin, pas pour tuer, mais pour emm.l'ennemi. Et on ne s'attardait jamais. On avait un vieux rêve: traverser AUCH avec notre engin. Il n'y avait aucun danger, sauf de tomber en panne au milieu de la ville. On s'est offert ce plaisir, vraissemblablement sans être remarqués ni des civils, ni des allemands, qui devaient nous prendre pour un des leurs, sauf peut-être devant la "Kommandantur" (Hôtel de France) où on s'est offert une "fantasia"! Un soir, à Saramon, étant attablés chez les St Criq à siroter notre armagnac, (divine boisson) pour fêter le 14 Juillet, un avion s'est mis à tourner au-dessus de nous. Le pilote avait-il reniflé les vapeurs de l'alcool? Il devait être 11h du soir. Et, fait peut-être unique dans l'histoire des parachutages trois maquisards, aidés d'un cultivateur et de son épouse terrorisée, ont "fait un parachutage", signaux émis par une lampe à pétrole et un morceau de carton pour faire les signaux, AU HASARD, sans avoir entendu de message à la B.B.C. Et ça a marché.(En vérité, on connaissait l'indicatif du parachutage tant attendu à Meilhan: "Essaie de te souvenir", avec la lettre D en morse). On a tenté le coup! Les tubes se sont mis à descendre, suspendus à leurs parachutes de toutes les couleurs, spectacle dont on ne se lassait jamais. Un tube tomba sur le transformateur, à l'entrée de Saramon, déclanchant un feu d'artifice. On crut à des signaux allemands, et nous avons en vitesse roulé les tubes et les parachutes le long de la digue bordant la Gimonne. Les allemands ont vite été là, mais de l'autre côté de la rivière, et ils n'ont pas pu voir la manne céleste. Ils n'ont pas traîné. Ouf! La peur des maquisards était salutaire.
Bombance, quand on a ouvert les tubes de ravitaillement. Chocolat, cigarettes, conserves. Il y avait deux tenues anglaises, Félix en revêtit une, moi l'autre. P'tit Jean, comme à l'habitude, râla. Je pris un F.M. 24-29 flambant neuf, et planquai l'unique M.1. carabine U.S., en vue de la prise d'AUCH, c'était un engin idéal pour la guerre de rues. Félix et P'tit Jean prirent des STEN MKV, dernier modèle. Ils gardèrent leur COLT 45, moi je me débarassai du mien pour adopter un rare pistolet Browning G.P. 35, à 14 coups de 9mm. Tous trois, au côté gauche, une dague noire "Britisch Kommando". Nous étions remis à neuf, matériellement et moralement, car Meilhan nous avait marqués. Mais à 20 ans, on oublie vite. Un jour, nous eûmes une chaude alerte: nous étions chez Béria, à Saramon. On avait comme à notre habitude, laissé le side-car en dehors de la ville, mais on avait laissé F.M. et mitraillettes dans le garage, en face l'entrée de la boulangerie. Nous étions attablés, quand une grosse colonne allemande fit irruption dans la ville. Et les soldats se ruèrent sur les épiceries, les boucheries, et les boulangeries. Félix, Ptit Jean et moi, eûmes juste le temps de grimper au grenier, et par un vasistas de gagner le toit. Madame Béria, sans gestes inutiles avait eu le temps de fourrer nos armes dans un Isac, et par la porte au fond du garage, de passer dans le jardin où tout tranquillement elle recouvrit le sac de terre. Beau sang-froid! La vieille grand-mère - quelle famille - elle, au milieu des allemands nous monta.du café! Et pendant ce temps là, René Béria distribuait généreusement son pain à la (soldatesque, pas le moment d'être radin! Quelle ambiance, les cris des allemands, les bruits de moteurs, et le curé qui sonnait les cloches, il était peut-être midi? Les allemands ne s'attardèrent pas, d'ailleurs, dans le brouhaha, on entendait souvent les mots "maquis", "terrorists", ils vivaient continuellement dans la hantise des harcèlements de convois. Ce n'était pas le moment de tomber dans leurs pattes. René Béria se permit ce jour là - armé d'un minuscule 6,35 - de ramasser un allemand isolé! René était très flegmatique. Malheureusement il picolait et il en mourut très jeune. (Nous étions, une fois, assis sur un banc, à Castelneau Barbarens lorsque nous vîmes arriver la camionnette de Béria. Il s'arrêta à notre hauteur pour nous saluer ainsi que le Dr. Studer avec qui nous conversions. Du sang coulait de l'arrière du véhicule bâché. Il nous dit que c'était de la viande. Curieux, on souleva la toile: c'était des maquisards polonais, tués lors d'une embuscade qui tourna mal pour eux, et que René était allé ramasser. Mais le plus affreux c'est qu'on revit René avec son camion, une heure plus tard, mais cette fois avec un chargement de pains. Quand on lui demanda si au moins il avait nettoyé le plancher, il nous répondit que non, il n'avait pas eu le temps! Pauvres consommateurs.)De temps à autre nous étions "convoqués" par Maurice Espitalier, et on se rendait à Tachoires, au tribunal lorsqu'il y avait à juger des traîtres. Nous ne chômions donc pas, mais on avait aussi des moments agréables, par exemple quand on faisait halte chez ..........(j'ai oublié le nom) qui était électricien et dont la femme dirigeait un atelier de couture entre Samatan et Lombez. Qui dit "coutures" dit "cousettes". Le travail n'avançait guère lors de ces visites, mais on ne savait rien nous refuser. Un après-midi, occupés à blaguer avec les mignones, on vit passer sur la route deux lourdauds d'allemands, Mauser à la bretelle, chargés comme des mules de ravitaillement. ces deux andouilles avaient dû venir par la Micheline d'Auch ou de Toulouse chercher de la bouffe, ignorant que les Maquis tenaient tout le secteur! Que faire? Nous sommes sortis, les avons rattrapés, désarmés, ramassé le ravitaillement, et on les a laissé filer: pas le coeur de les tuer, pas question de les garder comme prisonniers, qu' en faire? Et puis l'espoir qu'ils se feraient ramasser par des copains. On ne se trompait pas, cinq minutes plus tard on a vu passer un camion de F.F.I.,et ils ont dû rattraper les deux frisés. Quel fut leur sort? On s'en foutait éperdument et on ne cherchait pas à le savoir. Nous avions autre chose de plus agréable à faire. Le repos du guerrier, c'est sacré. Et le temps passait.
Un Maquis se formait dans la région Samatan-Lombez, groupe qui deviendra un élément du Bataillon R. Notre équipage du side-car resta indépendant, bien que Félix soit un des patrons de cette formation. L'activité principale était les coupures de route pour entraver la circulation des convois allemands, et les "allumer" si l'occasion était bonne. Moi je préférais nos patrouilles en "chasse libre". Nous avons eu "chaud" à plusieurs reprises, mais nous connaissions bien notre boulot, et on s'en est toujours sorti, avec une solide "baraka", il faut l'avouer. Puis ce fut la dernière bataille de la Libération du Gers. Ma participation à ce combat de l'Isle Jourdain, les 19 et 24 août 44, fut assez confuse. Quand le groupe quitta Lombez - on avait pour l'occasion abandonné le side-car - la bataille était déjà engagée. La garnison allemande d'AUCH, ville que nous devions attaquer, avait préféré tenter de regagner TOULOUSE. Cette garnison était forte d'environ 260 hommes. Elle fut interceptée et bloquée au pont sur la Save, à l'Isle Jourdain, en Haute Garonne, à 33 Km avant Toulouse, sur la N124. Il était 9h du soir, le 19 août. Nous, nous ne sommes arrivés que le matin du 20. Tout d'abord on a été posté sur un remblai de chemin de fer, parallèlement à la N124, avant son croisement avec la D161, où étaient bloqués les camions boches. Nous surplombions la voie, j'avais mon F.M. 24-29. Il nous avait été précisé que les allemands tenteraient une percée le long de cette voie, en direction du sud. En fait on n'a rien vu venir de la matinée. Ensuite nous avons été déplacés dans l'angle N.N.O. formé par la D161 et la N654 d'où l'on dominait la vallée de la Save. On a pris position, et tiraillé vers le carrefour N124 et le passage à niveau. Des allemands étaient retranchés dans un pigeonnier et mon tir était inefficace. Vers 6h du soir les mortiers du Maquis ont pilonné ce pigeonnier, les allemands ont dû sortir et j'ai pu les tirer. Vers 19h, nous avons vu descendre sur notre flanc droit, par la D161 une formation de Sénégalais (Groupe Dering de l'O.R.A.?) pour l'assaut final prévu à 19h30. Nous n'y avons pas participé, restant en place "au cas où". Quand à la tombée de la nuit nous sommes descendus sur la ville, au milieu des camions en flamme, le combat était terminé, LE GERS ETAIT LIBERE! Tous les allemands étaient morts, blessés ou prisonniers. Je témoigne qu'aucun d'entre eux ne furent molestés, alors qu'ils s'attendaient à être découpés en rondelles par les "terroristes" si redoutés: c'est la raison pour laquelle ils s'étaient durement battus, jusqu'au bout. Le Maquis perdit 11 morts et environ 25 blessés, mais ce fut une belle victoire de pouilleux sur l'arrogante Wehrmacht. Notre groupe n'eut aucune perte, il est vrai que nous n'avions jamais été au corps à corps avec l'ennemi. Le lendemain cap sur TOULOUSE pour libérer la ville(chronologiquement, le jour"J" de la Libération de Toulouse fut le Samedi 19 Août 44, soit au même moment que le déclenchement de la bataille de l'Isle Jourdain)Donc, ce 21 août, Félix, P'tit Jean, Rinaldi et moi sommes arrivés à Toulouse, avec la Peugeot. La ville était virtuellement libérée, mais il restait des poches de résistance. Arrivés au Pont St Pierre (?) côté ouest, des toulousains tiraient sur la rive d'en face où étaient amarré un ponton(bateau-lavoir?)qui servait de retranchement à des allemands - ou des miliciens - avec des armes ridicules, genre pistolet 6,35! J'ai mis en batterie mon fidèle FM 24-29 sur le parapet du quai, et après quelques chargeurs tirés en courtes rafales, un drapeau bleu-blanc-rouge s'agita derrière le parapet sur la rive en face. L'affaire était réglée...Après ça, le brouillard, car nous avons été fêtés comme des héros (?) et abreuvés abondamment par des toulousains en fête, exubérants à souhait. Ce fut là ma brève, mais efficace participation à la Libération de TOULOUSE! Après ça, nous avons regagné AUCH, pour quelques jours de "repos du Guerrier". Nous nous trouvions, d'un seul coup, déboussolés, déphasés. Ce qui depuis des années - toute notre jeunesse, de 16 à 21 ans, - était notre raison de vivre: combattre et chasser les allemands, disparaissait brutalement. On ne pensait même pas que la guerre n'était pas terminée.
Il y eut le Défilé de la Victoire à Auch, d'une belle tenue. Il y avait des unités qui avaient la chance d'être encadrées par de vrais officiers, ça se voyait. Encore une fois, merci à ceux-ci. Dommage que les allemands n'aient pu y assister, ils auraient pu se rendre compte "de visu" par qui ils avaient été vaincus. Dommage également que les F.T.P.F. aient défilé comme à une manifestation syndicale, avec des banderolles où il était écrit, en gros, que c'était eux seuls qui avaient libéré le pays! Etant officier, je défilais à l'avant, et à gauche de l'unité formée à Samatan-Lombez, une soixantaine d'hommes, avec le fanion de Meilhan. J'avais juste un petit galon doré, pisseux, sur le haut de la poche gauche de mon "battledress" anglais. J'étais armé de mon G.P.35 et de ma dague. En passant, je fus heureux d'être interpellé par mon vieil ami François Cordé ("Maquarelle") de Fleurence. J'ai oublié de parler de lui, et pourtant, à mes yeux, ce fut un véritable héros: il était parisien d'origine, mais il avait pris l'accent du midi. Il vendait sur les marchés des lacets, peignes, jeux de cartes, etc.C'était un "agiste", anarchiste convaincu, pacifiste, antimilitariste et accessoirement "Coiffeur du Maquis". Bien qu'il fut bossu et tuberculeux, il a fait des milliers de Kms, avec son vélo routier, par n'importe quel temps, pour venir nous coiffer, partout où nous avons cantonné, malgré une PEUR PANIQUE de l'ennemi! Ca c'est du courage. Le défilé terminé, des hauts parleurs annoncèrent qu'une grosse colonne allemande avançait sur AUCH, et que nous devions rejoindre nos unités. Douche froide, mais c'était une fausse nouvelle. Je me retrouvais bientôt seul à AUCH, hébergé par la famille MAUROUX. La ville grouillait de F.F.I. de la dernière heure, grouillait d'officiers(je ne parle pas des officiers du Maquis)de ceux que nous appelions les "naphtalinards" pas du tout complexés de la raclée qu'ils avaient pris en 1940, ni de leur situation de planqués pendant l'occupation. Je n'oublierai jamais leur arrogance quand nous dûmes passer entre leur pattes pour de la paperasse. De même toute la population avait été Résistante, plus moyen de trouver quelqu'un qui aurait été Pétainiste. Et pourtant. Je voulus m'engager: je me rendis à la Subdivision Militaire, et un de ces naphtalinards me dit "d'accord, mais on vous prend comme 2ème classse." Je l'ai envoyé poliment faire admirer son bel uniforme flambant neuf chez les Grecs. Et, comme à la même époque j'ai reçu de mauvaises nouvelles de ma mère, veuve, hospitalisée, j'ai décidé de regagner Paris. Quand j'ai demandé à être rapatrié à mon domicile, un autre naphtalinard m'a répondu que pour bénéficier du transport gratuit il fallait être engagé pour la durée de la guerre. Encore un que j'ai envoyé visiter le Péloponèse! Conclusion: j'avais payé mon voyage pour partir me battre; j'ai payé mon voyage pour rentrer chez moi; j'avais dépensé beaucoup d'argent pour acheter au marché noir mon équipement pour aller au Maquis; à Arrouède mon vélo personnel (une fortune à l'époque, que j'avais fait venir de Paris, alors que j'aurais pu en faucher un) avait brûlé dans l'incendie allumé par la Milice; mon paquetage avait été capturé; à Meilhan également perte de tout mon équipement personnel; jamais la moindre solde, même pas une prime de démobilisation. Au moins, pour se consoler, notre Honneur était sauf, c'était une denrée rare et précieuse à cette époque en France, on s'était gagné cet honneur tout seul, on ne le devait à personne d'autre. C'est la seule richesse qu'on ait rapporté de cette aventure du Maquis, avec celle aussi d'avoir apporté notre modeste contribution à l'anéantissement du nazisme. C'est quand même pas mal!
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MAQUIS 1943-1944
Memoirs
I started the “Résistance” on June 14, 1940, at the beginning of the afternoon, in Chaudrey, in the Department of the Aube, when I picked up a MAS 36 rifle that had been dropped by a deserter. I fired a shot on a German airplane, an Heinkel 111. The pilot was gunning refugees and retreating soldiers on the road, flying above the tree tops. There were many refugees, including ourselves: my grand-father Lelarge, my grand-mother, my mother, her sister Helen, and her children Pierrot, Serge, Reine, Solange, her other sister Madeleine, her conscripted brother Maurice, and myself, aged 16. I used one single bullet, but this plane must surely have been especially double armored, for it kept flying. Grandpa yelled at me… and I had to drop the rifle. Short career in the anti-aircraft division.
Upon our return to the village of Vinets, on Thursday June 20th in the evening, a small village that we had fled on the 13th of June for a tragic exodus on the roads of Champagne, I became appointed as a translator by the occupying troops, under the nickname of “Yakob”. Many Frenchmen pretend that they heard General De Gaulle’s call to the Résistance on the radio on June 18th. Not us. Transistor radios did not exist then, and we did not carry bulky lamp radios on the roads of Defeat. We haven’t heard Marshall Pétain’s speeches, for the same reason. I didn’t like the “Krauts”, and much of it had to do with my Lorraine ancestry. In fact, it was visceral. I was misleading as much as I could the debonair Army engineers that occupied the village and were rebuilding the bridge at St Nabbed, over the Aube River, which had been blown up. For the most part, they were older soldiers who had fought in the First World War of 1914-18. When they caught French soldiers attempting to go back to their homes, instead of visiting Germany, I was telling these dummies improbable stories, inserting the words “Typhus”, “Cholera”, “Scarlet fever”, “castapiana” which had the effect to scare the hell out of these valiant soldiers, and they were letting go these plague-stricken soldiers. It was still the “good old days” for the escapees, the name “Gestapo” was still unknown.
After that, from 1940 to 1943, I studied in Paris, in poverty, my father dying from liver cancer in February 1943, after much terrible suffering, and my mother trying to find ways to bring food to the table. Our only income was her salary; she was a secretary. No savings, no possessions to sell, no acquaintances, nothing. Only some High School-type Résistance, such as, for instance, throwing inside the German parked cars our humorous(?) cartoons where Adolf’s derrière was a centerpiece, shut the doors of the subway car right in front of the soldiery, spill with a syringe spouts of dark ink on the back of German officers’ smart uniform, etc…
During the months of the "Service Civique Rural" in Normandy (July, August, September 1941 and 1942, before binding the hay stacks sent to the Russian frontlines, we inserted in each one a propaganda leaflet "Courrier de l'Air", dropped by English planes. Or, we were pissing in a hole dug in the center of a butter motte, before of course packing it neatly in its wrapping paper, etc… Nothing really serious, but it made us feel good!
Upon finishing my studies, at the age of 19 and a half, in lieu of a Diploma, I received an invitation to visit the Great Third Reich, sent by the travel agency "Saukel" (The Gauleiter Saukel, in charge of the S.T.O., Service du Travail Obligatoire, was the primary recruiter, as it stood, of the Résistance fighters!). Having a terrible sense of orientation, instead of going East, I went south. But perhaps Spain also could be a good vacationing spot?
I took the train at the Austerlitz train station, on Saturday, July 3rd, 1943, lost in the crowd of many “campers-food hunters”, with my back-pack. I was pretty well equipped: a sleeping bag, an extra pair of shoes (from the French Army, a khaki-colored “Hutchinson” windbreaker, Army trousers, a pair of shorts, and some underwear. Not such a bad equipment at the times. As far as money went, once I paid for the train ticket, I was left with FF1,000*. In some sense, a bonanza.
The train leaving for Toulouse was carrying troops, with special anti-aircraft wagons, as well as a few passengers cars, mainly for German officers, and, although it might sound bizarre, a few civilians including myself, not too bothered by their company. In fact, we were not controlled at all during the entire trip, a side benefit of these army train convoys. Once in Toulouse, I remained at the train station, since all the exits were controlled not only by the Germans, but also by the French Milice. I changed trains and took the “Micheline” local train to Auch, without being asked for papers. I reached Auch without any problem.
I spent a few days at my cousins, who were resistants from the very beginning, the Mauroux family. They owned a mill shop and exploited some timber in the Pyrennées mountains, in the village of Arreau. I rode there in a gas truck, whence I thought I could cross the mountains and reach Spain, and then to join the Free French forces in England. It was quite naïve, very presumptuous, but I was not even 20, and at that age one does not doubt anything.
After a few memorable days, playing (?) hide and seek with the German “jügers” and their dogs, alone, having never practiced moutain-climbing, except those from the Fountainebleau forest near Paris, I gave up and went back to the Gers Department. I stopped at a youth hostel (I was “Agiste”) and this marked the start of my “Résistance adventure.” It was on July 23, 1943.
The "Père Aubergiste" was: Jo Laforêt, his wife la "Mère Aubergiste": Gaby. They had two daughters, about 20 year old: Josette and Viviane. This inn used to be a mill on the Gers River, north of the town of Masseube, on the left bank, called the "Moulin du Batan.” It was relatively remote. On the Right Bank, towards the East, one could see large fields, and beyond them, wooden hills running parallel to the river. In the Gers Department, all rivers are running from South to North, and separated by hills whose height increase as one get closer to the Pyrennées mountains. I remained a few days in this inn, the time to think and take a decision. In fact, until the end of 1943, I became a "Réfractaire au S.T.O.", i.e. a “Deserter from the S.T.O.”, and I worked in a few farms sympathetic to our cause in the district called "La Ribère", about 1 mile from the mill, on the left bank. At the farm owned by the Abadie family, there was the father, the mother, the daughters: Marthe (married to Marcel), Elysée Bajon’s brother, prisoner in Germany, Suzon, and Marthe’s daughter, Marizon, a young girl aged 7 or 8. A the farm of Bajon Elysée, there was his wife, and their son Jacques, aged 12. At the Desbots farm, there was his wife, and their two sons Jeannot and André, about my age. I met some “colleagues” who also were working in neighboring farms: Yvon Desgrousilliers (from Paris), Léon Laffitte (from Bayonne) who had deserted from the Petainist Air Force, Pierre Simon (a meat packer from Pau), André Guilloteau (a Parisian orphan). Yvon and André will be killed later at Meilhan. We were well fed (we were killing farm animals at night), we had tobacco (stolen away from the requisition, we were cutting the leaves ourselves, in thin parts, but when one was smoking this raw tobacco, one had better fasten their seat belt!). We did not want to be paid by these small farmers, who were taking huge risks (death penalty, or worse (?) deportation) while they were hiding us.
** Price of one kilogram of meat at the black market.
Our presence was quite known by all in the village, one cannot be that naïve, since in the countryside everything is known, including by the gendarmes, and even worse by the local Milice whose boss was Doctor Sailhant. He later became in charge of the Milice in the Southwest of France, and will be executed by fire-squad in August 1944, but at the time he was quite loved by the populace because he was the “poor man’s doctor”. The Milice was not yet a violent force. I remind the reader that the Milice was officially created on January 31, 1943, the “Franc-Garde” (paramilitary element) of the Milice in June of the same year, and officially equipped with weapons only in October. The gendarmes (a branch of the Army) were never our adversary. The danger will come from the Franc-Garde of the Milice, from the Garde-Mobiles, from the Groupes Mobiles de Réserve, known as the G.M.R., which could have been called Groupes Mobiles of Repression.
But we felt quite well that, from a distance, “they” were starting to look into our group, although there was nothing still specific. Everyone was on their guard, there were of course quite a few traitors and collaborators, or just simply people who talked too much. From a chronological viewpoint, the end of this period of rebellion ended on January 10, 1944, date when we all collectively became officially "Combattants de l'Armée Secrète", or “Fighters of the Secret Army”, although we learned about this only much later, at the liberation of France, when military redtape reappeared. So, we were duly registered “somewhere”. We could have been part of the F.T.P.F., or O.R.A., (which we called then the A.R., for “l'Armée Régulière”), but “they” had decided for us!
The five Résistance fighters that we became were therefore armed to the teeth (!): a Sten MKII with 4 cartridges of 30 bullets, an old 7.65 with only one full cartridge, a 22 long rifle with a few bullets (we will realize later, while practicing, that many cartridges were defective), two defensive grenades Mills, and our daggers. Enough for the enemy to tremble of fear, and even to die of laughter!
We had left the farms to rejoin at the Mill. From there, a guy from Bordeaux joined us, Gilbert Degert. The youth hostel was also hosting a couple of Jewish decorators who escaped capture in Paris: Marcel and Charlotte Breiden (they both had fake papers under the name of Brédent), and two sons of our age: Henry and Roger, and their daughter aged 14 (I forgot her name) to whom I taught some maths. Henry and Roger, although they should have been quite motivated to fight, remained hidden and waited prudently until the liberation. Their parents took care of our group financially in order to complement whatever we received from the farmers. Thanks be given to them, they were not all that rich.
From time to time we saw our Leader that we had been appointed. The rest of the time, he was chasing women, his favorite occupation. Félix Péri, a Corsican, and very proud of it, was the eldest son of the tax collector at Masseube. He had a brother a bit younger than us, Jeannot, (who got killed in Meilhan), who joined us a bit later. We were hearing about other mysterious bosses: "Lunettes" (Reynold, an executive at the Compagnie Pyrénéenne d'Electricité) but - - of course, it was a secret army – one never saw him; "Fabrice" (Christian Fontan) was a former army junior whom we saw on a couple of occasions; "Claude" whom we saw only once, and whom we never saw again, even after the war, not even in any historian book! Apparently, there was, already, more bosses than Résistance fighters. It was quite comforting, we had nothing to worry about for our future, all these intellectuals were thinking in our place.
At the beginning of 1944, a few mysterious expeditions apparently aimed at eliminating the famous Doctor Sailhant who was gaining influence in the local Milice. I was never designated for these missions, and was never informed about them, but they were never successful. In fact, I remember seeing this Dr Sailhant coming to the mill and care for Jo). He was quite courageous, - - or was very intuitive- - because he had to know that we were there, but we did not show ourselves. It was still a phoney civil war.
On the other hand, with André Guilloteau, we did two expeditions to Auch, with fake papers, showing a younger age in order not to be drafted in the S.T.O. We received arms and ammunitions for our group. We had to be careful with all the German check points outside the city. Fake papers were still O.K., but not colts caliber 45… Although we had to hone our skills, we succeeded and were not caught. But we were learning fast. We also did an expedition at the city of Jegun, with a Polish soldier that I picked up at Auch. We had a slight problem on the way back, since our “thinking eggheads” had a slight miscalculation. On the way back, I almost got caught in front of the Auch railway station, by two French gendarmes, who realized I had fake I.D. papers. As they were looking at the papers, my Polish friend was assembling quietly his “Sten” sub-machine-gun from his backpack, only a few meters away. Luckily, the two gendarmes gave me back my papers with a wink, and gave me a military salute. They never knew they came quite close to die at that very minute.
Another strike, in the Armagnac region, with Dominique Cornilleau, who was waiting for me on site. He was a Free French officer, who got parachuted from England in the Vercors area, and then sent to the South West of France. When our mission was over, I stepped off the bus before reaching the outskirts of Auch, in order to avoid the checkpoints at the town entrance. Dominique did not feel like walking a few miles, and thought I was a coward. He steeped off the bus at Auch and got picked up by the Germans. On his fake I.D., his profession was gardener. But the fritz who caught him was a bit above the average: he looked at his hands, they were very fine and manicured. Dominique in fact was a journalist, and also gay. The German told him he was no more gardener than he was an opera dancer himself, and led him away at gunpoint. Fortunately, Antonin Monteils, a mill worker who fought in the Résistance, (but no one knew about this) who was on friendly terms with the German Commander of Auch, and known as such by everyone. He asked the guard why he was leading Dominique to the station, as he knew him very well, as the “City Hall gardener”, in charge of flower arrangements, which of course was not too tough on his hands. And Dominique was thus let go. Holy smokes! The Germans were not among the brightest, but one could not stretch their luck too fare either.
At the mill, during my free time - - and there were lots of it – I was manufacturing fake papers. I was quite good at it, and meticulous, altering authentic I.D. papers stolen from City Hall. When I was at school, I was already altering rationing tickets in order to improve our daily lot. I thus was quite trained at that. These fake I.D. papers were sent to members of the Résistance, as well as Jews, not yet caught, from a list given to me by the Breiden family. I was sending these fake I.D.’s to my mother in Paris, hidden in the bottom of a food box, and she was personally delivering the papers to their apartments in Paris. She was simply risking concentration camp as well, but everything went fine. Probably my mother and I have saved a few Jewish lives, but who knows for sure?
Our military training was held in isolated forested hills, towards the East of the mill. These sessions were held under the command of Yvon, who was either corporal or sergeant in the Air Force, and sometimes under the command of “Fabrice” who was an Army child, but this was rare.
These training sessions usually went well, since Leon, the other deserter from the Air Force, had had already basic military training. The same with Pierrot the meatpacker. As for Felix, he had followed advanced R.O.T.C. type military training, and perhaps because he was Corsican, he had an innate sixth sense for guerilla warfare and the “MAQUIS.” As for me, I had fairly good theoretical knowledge. My maternal grand-father was a career adjutant, as well as his son, my uncle Maurice, and I had read extensively during my teenage vacation in their extensive library in Lorraine, including the “Infantry Manual” and other specialized publications. I had had some rifling experience at another uncle, who also was a career Army petty officer, who had a rifle stand at Strasbourg.
Also, I had acquired some practical experience, as a teenager, when I grew up at Issy-les-Moulineaux outside of Paris. Our apartment was sitting at the edge of the aviation field, also called “Maneuver Field,” more precisely “Man’Field”. No need for a key to unlock any fence, as there were only a few bushes around the field. We, children of the poor suburbs, were quite at home around the field, and both airmen and army men quickly realized that we were as inevitable as the mosquitoes! Like all the other kids, I saw first hand how to fine tune a machine gun, a mortar, how to throw grenades, and even, in special days, cavalry charges with sabers in the air and motorized sidecars.
How could I think then that these observations would one day be of precious help? Much more, in these fields surrounding the suburban slums, around the “fortifs”, we were playing war games in the bushes, hide and seek, learning how to use the terrain to our advantage. There were quite a few fist fights with other kids, especially with Armenian immigrants, and also other bums from the area to protect our “territory.” These fights had nothing to do with gentleman boxing, but we knew all the dirty tricks, some below the belt, I have to admit! As to my own “sensitivity”, the terrible exodus on the roads in June 1940 were troops retreating from Rethel and Chateau Porcien, had familiarized myself with machine gunning, bombing, fires, and the atrocious sighting of human cadavers and dismembered horses, and the horrible stench in the heat of June from decomposing bodies. I was therefore able to talk to my comrades of this, so to speak “rich experience.”
But soon, as we were not too discreet, the Milice men became quite nervous, and, towards the end of the winter, we had to leave the relatively comfortable Mill of Batan. We had to go deep in the forest of St Blancard, about 2 miles east, about 1 mile north of the D12 road and the Gimonne River. We left the mill on a small truck driven by a friend: Felix, our leader, his brother Jean, Gilbert, André, and myself. We took with us some tools, such as shovels, picks, axes, cords, and barbed wire. The truck left us along the forest on the north side, and it soon became quite hard to penetrate the forest, with so many bushes, under a very strong rain. We stopped to eat our sandwiches along the little creek that runs almost in the middle of the forest. As a shelter, we had a waterproof (?) tarpon hung on wires. We endured the rain and the mud during several days. We had left behind the sleeping bags at the mill, as they were too heavy and took too much room. We only had a Cavalry brown blanket in cotton. Our clothes were wet, our food cold, and scarce. However, our morale was great. We had some wine in our flasks.
We set out to build a durable shelter by cutting wood, half interred under ground. The roof was covered with vegetation, leaves, and quite invisible to the German observation planes which were flying over us, since the trees had been felled quite far from our camp. In fact, we have been flown over only once, intentionally or not, but we hear the plane coming and we were able to hide quickly. We built our own furniture in wood. Our stove was buried, without much smoke emanating from it. Our beds were made of tree trunks, covered with leaves, quite isolated from the ground humidity. A stairways, also in wood, was leading to the creek. There even was a belvedere! Our food came from three farms in the immediate area: Ferrier, Mme Barthe (widow), Courtade (or Caussade, or Fourcade, I do not remember!) We even were able to get some wine, with a 50 liters barrel, held on two branches with ropes: we had to synchronize our steps, otherwise the barrel was falling from the two branches!
Our armament was upgraded by Fabrice who made a single appearance at St Blancard, as he preferred the comfort of the city. We now had 5 revolvers Enfield "Commando" n1/42 MKI, the old sub-machine-gun Sten from the mill, as well as a few stolen guns from our various raids: a Lüger P.08, a Walther P.38, a revolver St Etienne 92, but alas very few ammunition. A few defensive Mills grenades with a very short effect (4 seconds). Also the old pistol Herstall 7.65 from the very first days, and a rifle 6 shots 22 long rifle and our razor sharp daggers.
When we were leaving for a raid, we were rolling our blanket, and were carrying it on our left shoulder, with both ends tightened with a rope, around the right hip. Worn as such, the blanket was not hindering our movements with our equipment. We had also fashioned some gun holders out of felt from old hats. Our grenades and ammunitions were carried in linen tote bags. André had a camera, with a film, which was not too easy to get at the time. He took some photographs from our rather disheveled group, but unfortunately all negatives got stolen or burnt during the battle of Arrouède. Also, some other photographs were later destroyed during the battle of Meilhan. I believe that it was the same story elsewhere in France, hence the relative scarcity of photographic documents taken prior the D-Day landing. Unfortunately, there were quite a few photos taken at the time of Liberation, with so many pictures taken which will not do too much good for the reputation of the true Résistance fighters.
I am going back on the topic of the Mills grenades that, personally, I considered as a very useful weapon, and that I used with much success. The Mills grenade was a defensive grenade (in fact we never received any offensive grenade, other than those taken in battle. This grenade was dangerous within 50 meters, as much for the thrower than the enemy. One had to be well trained to use it for defense as well as offense. In broad terms, before throwing it, one had to alert the comrades, quickly find a hole or a shelter, and jump into it before the explosion.
We had two sentry posts; it was difficult to have more, given our small group. One at the south-east corner of the forest, the other one at the Southwest angle. We relied (?) on the bushes for the rest of the perimeter. Training was non stop in order to familiarize ourselves with combat in the woods, but this proved quite futile since the Germans were avoiding contact in our element. We had good shoes for the times, with Russian socks (square quilted linens, greased, carefully folded, in order to avoid blisters). If the Germans had ever tried to get near us while we were putting them on, they would have accused us to use some sort of tear gas, since our feet were stinking for miles around!…
Some time after our arrival at St Blancard, Jean Lecoq joined us, (known as “P'tit Jean”) and Roger Tessier, both from Nantes in Brittany, and later on by Léon Laffitte (who had stayed at the mill in Masseube) and Yvon. Then, a school teacher from Miélan, Louis Cam(e)? (P'tit Louis), and an authentic Russian prince, a Cossak from Kouban, our elder Georges de Vierkowsky (Jitmir, alias "Jito"), a professional card gambler. Along with his brother Richard, at Mirande, they both attacked a German convoy, machine gunned the head car with officers in it, and taken their arms: a splendid German M.P. 40, which was the envy of all, (as a matter of fact it was more fragile than the Sten) and an elegant officer’s Walther P.P. 7,65mm. We had thus become a large “MAQUIS” of 11 men. We received two additional Sten, but still no rifles, and of course no automatic assault weapon of course.
In terms of activities, we kept improved our camp ground, but we never finished it since we left this particular forest. Some times one of us was called by our “top brass” in order to execute a particular mission. We were planning to get a car or a truck. No problem, we just had to steal one. But one had to get gas (we didn’t want to use ethanol). We planned an attack on a German at St Marcet in the Department of Haute Garonne, where there was an oil and gas refinery. But the Germans did not cooperate too well and we had to flee (us, not the Germans) running quite fast, veering left when the bullets came to our right (I do not mean to brag, but one has to be quite agile to do this). In order to save face, on the way back, we requisitioned an innocent civilian car. But still not much gas in it.
We did execute a Gestapo agent, brought to us in the forest by a Lorraine refugee farmer. This was a tragic scenario: this agent thought he was led to a fake MAQUIS, i.e. to a true Milice campground. He proclaimed he was Canadian, yet he had a fairly strong Belgian accent. We therefore played our part in order to put him at ease and make him talk. During that time one could hear shoveling sounds, as we were building our other huts, but also a grave, dug by Jito and me. This Gestapo agent, once led near the grave, suddenly realized that his career would end right there. He threw himself in the grave, laid down by himself, protected his head instinctively, and died with two 9mm bullets in his skull. He had no I.D. papers on him, except for a photograph of an old lady. Jito and I covered his body with earth, and spread dead leaves on his tomb. No flowers, no prayers, but no hatred either. Not knowing what damage this German agent had done within the Résistance, and fearing reprisals, our leader Félix Péri decided to leave the woods, which were rather sinister anyway.
But before doing so, we became designated to protect, with our rather rudimentary weaponry, a dropping air field. It was our first parachuting event, and we were quite excited! The message came through he B.B.C., "assis sur un croissant de lune" (seated on a moon crest). The “drop zone” was located approximately 3 miles from Masseube, Northeast from the map zone number 290, on farmland belonging to the Sénac family (today Lahirle’s, towards Montcorneil. We got in touch with Résistance farmers, the grand-father, his children Mr. & Mrs. Sénac, and their young daughter, a pretty girl aged 16, Marthe. We prepared fire wood along the airfield, and a separate fire to indicate the direction of the wind, as soon as the plane (a four-engine "Sterling" MKIII) became signaled by the one in charge of the operation, equipped with a special portable radio called "Eureka" in order to guide the plane in its approach. We had water buckets ready to quickly extinguish the fires as soon as the plane did its job, as well as perches and chains to carry the “tubes” (at the time the word “containers” was unknown). We also had the farmers’ oxens ready to pull the bounty in their hiding place (which ourselves, low ranking peons, ignored). We also had our fighting position designated in case the enemy would appear. To be true, this possibility was quite remote: the Allies were providing diversion operations, such as bombardments or leaflets droppings, while the planes in charge of dropping equipment were doing their job. Much more, the tubes were quickly retrieved, the oxen took narrow field tracks, everything was quickly over, and the Germans, when they were coming, came always too late.
I don’t think that any “Maquisard” could ever forget their first parachuting. It was a moment of intense emotion when one would hear the plane coming, (I tip my hat to the Allied navigators), when one saw the hand torchlight sending by Morse signal the agreed upon signal (in that circumstance the letter “S”), then seeing the plane going away, lighting quickly the fires, and then seeing the plane, veering back, approaching with very slow speed, facing the wind, flying very low, and suddenly in the dark night one would see the multi colored parachutes, yellow, red, blue, khaki, white. One had to be quite careful and had to hide somewhere in order not to be hit, since at times some tubes were free falling with defective parachutes). One last pass and the plane would balance the wings to salute us.
We would then experience a great deal of melancholy, thinking that this heroic pilot would be, in a few hours, in a well lit and warm bar, drinking their well deserved scotch, far away from any danger. Not the case for us. No time to day dream: one had to pick up the tubes, some in one piece, containing Enfield rifles, Bren sub-machine-guns, some other separating in other elements (with TNT dynamite inside, Mills grenades, Sten automatic rifles, ammunitions, etc… All these tubes were quite heavy, not too easy to carry at night, across mud holes, bushes, to the carts. We also retrieved the parachutes which were not to be ripped apart. As a matter of fact, one of them was “sacrificed”, preferably a white one, in nylon, which was a new fabric for us, in order to cut pieces as small as a business card, as a souvenir, and long pieces which, once braided, made splendid suspenders for our revolvers! As soon as the carts were full, we would return to our campground, another team unknown to us would then escort the armament convey: this way we would not know where it would be hidden, as a security precaution, since the Germans had ways to make people talk, even marble statues.
Very often, in addition to the ammunition tubes, there was a container with money: there again, this was more even top-secret, we never heard about their destination, at least we never received a single franc. But let’s pass on this, as this is another story, which in all likelihood will never be told.
When the sun would rise, around Montcorneil, nothing would indicate that that very past night an ammunition drop had taken place: local farmers would comb one more time the field, erasing any trace of activity, putting their cows to pasture to really make sure every thing would disappear.
So, at the beginning of spring 1944, we left Saint Blancard and its surrounding forests. I have since forgotten what became of our car, but I have not forgotten our walk in the dead of the night, with all our equipment (arms, cooking gear), towards our new campground: “Le Hauret”, an abandoned farm located East South East of Arrouède, on a height above the Gers river, and, about 1 mile to the East, the road D929 joining Auch to Lannemezan (going North-South). During these transfers, one had better avoid the roads, patrolled by the Germans, and some villages with their collaborators or Milice allies. One would get to this isolated farm through a small path of about .7 mile, which was starting on the top of the hill, coming from Arrouède and leading to Mont d'Astarac), about 200 meters south from the farm belonging to the Monties family. Monsieur Monties was a great Résistance member; he helped us a lot. I believe he was the Mayor of Arrouède. This path was flat, surrounded by bushes. Then, it went up, and on both sides there were forests. Félix Péri had chosen a good location. There was a spring on the south slope. We laid our sleeping bags on the former stables, and each one of us had their own “box” with planks. There was straw, of course, which was very comfortable, although our roof was leaking quite a lot. When it rained, we had to put casseroles and pans under the holes in order not to get to wet. But we had seen much worse at St Blancard!
Our group became larger: Maurice and René Lavache joined us, they were two very nice brothers, workers coming from Biarritz (they were killed later at Meilhan), and Jews hunted by the Gestapo: René Bovetès (Coléoptère, nicknamed "Coléo"), Philippe Bernard Lévy ("Phiphi"), Léon Allaman, who was quite young (Benjamin, "Ben"). Then a local farmer, (Montlaur Bernet) who had fought in the Résistance in the Creuse Department: Armand Recur ("Robin") who was quite a fighter. Then came two soldiers from the Red Army, made prisoners at Kiev, who escaped from their prisoner’s camp in Lorraine: Nadenov Georges ("Grégor") who was an officer, Kostuchenko Nicolas ("Nicolas"). Grégor and Nicolas only spoke Russian and very limited German. "Jito" was the translator. Grégor quickly learned French. Nicolas was not so quick. Then, a Parisian came, I forgot his name, he was not too much of a straightshooter, he actually looked like a pimp. Louis Mazet ("Loulou"), who was working at the Auch bakery, Alain Lusseau ("Dudule"), worker in Paris. We were now 21 Résistance fighters. Gilbert Degert, from the Youth Hostel, did not join us: he became of our leaders’ chauffeur (?) Christian Fontan ("Fabrice").
The group had grown larger, yet our armament had stayed the same. Nothing new since St Blancard. We had two sentinel outposts: one on the Western side, overlooking the valley of the Gers river, the other one overlooking the small road leading to the Monties’ farm. We received our food supplies by the neighboring farmers (Monties, Montcassin, etc...) many of whom had sons in the F.T.P.F. Reserve Corps. Our daily rations was not too varied: beans, country ham, potatoes, wine, armagnac liquor (alas, the latter was not unlimited). Occasionally, we would eat lamb.
We had found (where?) a small black doggie, named “Contact” by our two airmen Léon and Yvon. The dog was completely dumb, probably a bit homosexual (when faced with a lamb, it could not control itself). But we liked him pretty much.
When I injured my knee, he healed my wound by licking it!
We continued our training, familiarizing ourselves with our new surroundings. We knew our fighting positions, and who the squad leaders were. The F.F.I. officers were subject, much later, to sarcasm. Easy to say! But career Army officers were not around that much at the MAQUIS, and one had to do without their experience.
We had quite many good laughs! One had to see us swimming naked in the cold waters of the river, with our clothes aligned along the river’s banks, with our guns on top, “watched over” by a sentinel! And also when we would come back from our expeditions to steal charcoal, just in case we would find a natural gas truck. We were all black with soot, a true Senegalese regiment. And also playing soccer in the farm’s courtyard.
During this stay at Arrouède, we received another parachute drop shipment, this time near Chélan, located on the West side of the Auch-Lannemezan highway, quite busy with German traffic. The field itself belonged to Monsieur Bajon, who raised pure-bred horses. The B.B.C. code was “France and the United States are always good friends.” The plane did arrive on time, but because of a navigational error, (all valleys look alike), it was circling over another area. We could hear it distinctively, though. In spite of our torches - - and my goodness, what torches! One could see them from Berchtesgaden! - - and in spite of the Eureka beacon, it did not see us. What a disappointment. Luckily, secondary fields were planned, in the Landes Department, I think, and it probably got rid of its cargo over some other colleagues (the planes could not fly back to England fully loaded). Great for the beneficiaries of this bounty, and too bad for us. There were other misses: on April 11, the code was "Tel queen lui-même l'éternité le change" (Duhamel) and another one shortly prior to D-Day, but I forgot the code. However, we met success on May 6th and 12th. A few personal messages, indicating soon-to-arrive drop-shipments in our area:
"Les ciseaux sont sur la table" (“cisors are on the table”)
"Monsieur Bébé est réveillé" (“Mister Baby is waken up”) Letter: B
"Essaie de te souvenir" (“Try to remember”) Letter: ?
"Gabriel est fatigué" (“Gabriel is tired”) Letter: E
"Vive la ritournelle" (“Viva the ritournelle”) Letter: L
"Marcelle est une belle fille (“Marcelle is a good-looking chick”)Letter: E
"Les pintades grossissent" (“The geese are getting fat”) Letter: P
"La moto fait du 80" (“My bike goes 60mph”) Letter: M
As during our stay at St Blancard, a few among us were from time to time “requisitioned” for specific missions. In spite of our relative discrete presence, our presence at Arrouède was well known by the enemy, our numbers as well as our pitiful armament. By “enemy”, one should understand the Germans, of course, (but they did not want to risk losses because of amateurs such as ourselves), but also the Miliciens, the Franc-Guardes of the Milice, the G.M.R. groups. The Gendarmes never really bothered us, and in fact they helped us quite a lot and many joined the Résistance, although a bit late in the game, to be true).
Informed on our weaknesses, the Milice decided to organize a major coup, without the Germans, in order to look good. The Germans despised them. Consequently, all the Milice forces from the Department of Gers, Hautes Pyrénnées, Haute Garonne were mobilized for this operation. Way too many men, but it was supposed to be a picnic, and good training.
The Gendarmes were simply asked to install road blocks around our camp. We only learned later on that they had lent a side-car to Barrère to alert us that at 10 O’clock in the morning they would turn their guns on the Milice and join the Résistance. But Barrère went off the road with the bike and was not able to inform us.
That really did not matter anyway, for the battle started “early” at 7:00 AM, and we left our positions around 9:00 AM. As I have said before, our camp was located on a height, and surrounded by forests. Although we did not expect this, - - and the enemy soon found out the surprise - - at 4:00 AM that same morning we had been alerted by Monties that a truck loaded with ammunition was waiting for us on a parallel road, about one mile East, linking Arrouède to Mont d’Astarac, at a farm called "La Cabanère". All of us took the road, and the truck was soon unloaded. These were ammunitions and armament parachuted recently at Montcorneil, and there was quite a lot of it. They were originally supposed to serve as our new equipment as well as a reserve for other Résistance groups. We were loaded like donkeys, the ammunition containers and the grenades boxes were particularly heavy. The truck driver alerted us that we would soon be attacked, around dawn. Our leader Félix Péri decided, in a general euphoria, to accept the fight.
Not much rest when we came back to the camp around 6:00 AM, where our district Chief “Fabrice” and his chauffeur/body guard “Gilbert” were waiting for us. They too alerted us about the imminent attack, that they were sincerely sorry not to stay with us, but they had a very important secret meeting and that they had to go quickly because they would be late. They left us in a hurry, only saying “Good luck.” A meeting at 7:00 AM, one might call that a power breakfast. No comment. A third alert came a few minutes later, from Aimée Cavagnol, who was a young Résistante from Masseube, arrested at night by the Milice and locked up on the second floor of a house. She was able to untie her knots, and jumped by the window. And this is with a sprained ankle that she walked about 5 miles through fields and woods, to alert us. She wanted to fight by our side, but we sent her back to Masseube after she helped us to load the Sten cartridges. Hats off! There was then quite an activity in order to take off the grease summarily and put together the sub-machine-guns Bren MKI, the rifles Enfield N1/44 MKI, the shotguns Sten MKII, (which were unmounted in 3 pieces and disposed neatly in small gunny bags), load the cartridges, insert the pins in the defensive grenades MILLS N1/436 MKI, distribute the armaments, etc… Personally I was in charge of inserting the detonators in the grenades. There were two piles: one with the detonators, the other one still without.
When my time came up to replace the sentry, I interrupted my work, and left the two piles which were identical from the outside. Later on, when we had to fight back the second wave of assault from the enemy, some of my comrades took grenades from the second pile and I was yelled at quite a lot. But this probably save the lives of some Miliciens. So, I went to take my sentry post, near the road leading to Monties. As soon as I arrived there, I saw at the border of the forest, towards the South west, just like in a military parade, in brand new navy blue uniforms, with berets, the southern wing of the assault group, almost a full regiment! I did not shoot and came back speedily to the camp without being seen. I alerted my comrades, and every one interrupted their work to reach their fighting positions.
The Bren gunners were our two Russian friends, and they knew what they were doing. They were experienced soldiers, and fired their shots only at the last moment. Mortal surprise for the Milice which was expecting a picnic, having nothing to fear, except our miserable colts. They turned around immediately, and probably beat a few world records in running back to the forest. Once they were under cover there, they machine-gunned us quite a lot, but we also were well protected. Only result of this exchange: a bullet came to lodge itself in the Robin’s rifle’s wood, and a bullet between the foot and the sole of René Lavache’s shoes. An Anecdote: when "Grégor" started to shoot, the first bullet in the barrel forced the canon outside of its lock, and pulled it out a few feet forward, as he had probably forgotten to lock it well. He did not panic, picked it up, locked it up carefully, and resume shooting! All this in plain view of the assailants. Luckily for us, the enemy did not have any mortar. They courageously tried a second assault, on the South west slope, but they were pushed back thanks to our grenades. They retreated again. Then we fired shots from afar. Personally, I was posted behind a tree, next to the farm’s fence, on the South side, and I was shooting with a rifle. This tree was standing alone, with nothing on both sides, before the fence and other trees. An enemy must have spotted me behind the trunk, which was not too thick and large to start with. And he must have been a good sharpshooter, because his bullets were centering on the tree, a bit above my head which was protruding in order to aim. I therefore pulled back a little, leaving the tree trunk in between the shooter and myself, and, crawling back to the hedgerow, where he could not locate me exactly. This is an example just to show that the fighting experience was learned as we got along, unless of course a mistake put a final and deadly end to the learning process.
Around 9:00 AM, Félix ordered a counter attack towards the North side, since we heard several trucks coming from the Auch-Lannemezan highway. We were afraid the Germans were coming to reinforce the attack. In fact, as we learned later on, it was the Gendarmes who were moving positions.
We left behind a few shotguns which had posed problems during their assembly (defective screws), ammunition that was too heavy to take with us, grenades without the detonators, our backpacks, our kitchen utensils, and food supplies. We crossed the woods, and our squad led by Yvon was left to hold position about 200 yards from the farm, at the North East side, where we hid in the bushes, in order to protect our comrades ahead of us. Our orders were to hold on to this position for half an hour, then join them. We thought we were being sacrificed, and we had prepared our hand guns "Le Français" to commit suicide and not be taken prisoners alive. But everything went well. As soon as we took our positions, (Yvon took the Bren machine gun from Nicolas), we saw the Milice penetrate the farm perimeter, and take their loot (except the food which they thought had been poisoned). We did not open fire right away, waiting for a larger group to assemble in the courtyard which was in plain sight. We then opened fire, emptying our cartridges, about a hundred rounds, and after a few minutes we left our position, to join the rest of our comrades. Relief! All four of us, (Yvon, P'tit Jean, Roger, moi-même) joined the group and we crossed the Gers river about 800 yards from the farm, and headed full West.
The bridges were closed with road blocks. We crossed the Auch-Lannemezan highway towards Lannemazère. We saw Gendarmes in the road shoulders. Is it that we looked like ferocious terrorists? They did not shoot, and of course we did not either. We were loaded with armaments and ammunitions, having left everything else to save the maximum (before the battle, we had hidden some of our backpacks in bushes in the South West slope of our camp, but while doing so we were probably spotted by the enemy with their binoculars. As we crossed the road, we looked back and saw the farm burning. The Milice did it to show their “victory.” In addition to their loot, they found a map and instructions regarding an assault that we had planned on their headquarters the day of D-Day (of course we did not know the exact date – it took place 3 days after the battle of Arrouède). When they read it they must have been frightened to death, since right afterwards all the Milice members of the Gers who were scattered around in their villages pulled back together, with their families and their pets, in the Auch High School, which was then transformed into a fortress.
Until June 6, we took a low profile, since now the Germans joined the fray. The Germans were furious, their puppets having taken a beating. It was not the time to get into them. But I would like to come back on our assault of June 3rd. After we crossed the highway D929, we kept walking due West, then we turned South. Our dog “Contact” had followed us, but this idiotic pet kept barking, thus getting us caught and Félix had to slam his head with his rifle, and we thought he killed it. In fact, we found it in the farm courtyard, two days later. Later on, we crossed a battalion of F.T.P. fighters, and this stupid dog followed the wrong group. We never saw it again!
We hid in an abandoned farm house, a few meters away from the cemetery of Montlaur-Bernet, "Robin"’s village, along the highway D929 linking Auch to Lannemezan. There was a sentinel post in this cemetery, at the South west angle, from which we could watch the road. A few friends, although they were quite “rough” and very brave in battle, did not much like these night guard duties, even though the place was full of very peaceful people. As for me, I did not care. We avoided contact with the populace, there were too many people talking and they were quite dangerous precisely because of their carelessness. Many Résistance fighters got caught because of inconsiderate chatter. We would play cards, a lot of poker, Jito being our instructor, or “Douraki,” a Russian card game. The Russians needed a fourth player, so I became an honorary Russian! I learned quite a few bad words in the idiom of Tolstoï, and I learned much later this beautiful but difficult language. I lost half my savings at this game (at the beginning I had FF1, 000).
About money, I would like to mention as an aside that we, the “little people, the low-ranks,” never received the slightest little cent. Materially speaking, it was not very serious, because we were fed graciously – literally and figuratively – by Gascons farmers to whom no one could ever pay enough tribute.
Without them, we would not have existed! It was their way to participate in the fight against Nazism and occupation, and they took risks. As for the small sundries stuff, store keepers were asked to contribute, some of them were not very cooperative, but we thought we were risking our skin for their liberation (whether they wished it or not) and we believed they had to do a small effort to “give” us a pair of socks, for instance. A special homage should be given to bread makers, such as Lartet in Masseube, Dattas at Panassac, for instance, I was about to forget Béria in Saramon, who never let us without bread, and what a good bread!
On June 5th, on the eve of D-Day – but of course, we did not know it – I left with Louis Cam (P’tit Louis) to Gaujan, about 3 hours away, with our backpacks, to visit the Lafforgue farm where we had stored some containers “tubes”: bizarre American cans (with sugared pâté for instance), “Job” cigarettes, chocolate (this chocolate was part of survival rations but the packing list was in English, which was like Chinese to us: we have therefore eaten in one meal enough food to survive for one year, but we realized that much later!). We were quite feted upon our return to Montlaur-Bernet, and that evening we had quite a diner with this overly sugared food full of vitamins.
On the morning of June 6, we left quite early, in order to march due West. We paused in a little wood, on the road side, in order to have a snack and get some rest, since we were carrying some heavy ammunitions. It is there, around 8 AM, that we heard about the Allied landing in Normandy. We cried of joy, we screamed, we danced: we were no longer “alone,” what kind of help would we get! Our morale, at this very moment, went through the roof. It was quite premature, because in fact Gascony being so far away from the front, nothing had really changed: the Germans were still there, increasingly nasty, our group was constantly harassed, we lived in the wild, we did not have any rear base, as with conventional troops, no hospital, no gas, no reserve, nothing. But it was a little bit like soccer, were a higher morale can be boosted and lead to victory. We drunk much armagnac. It was not very smart, because if the Germans had appeared then, they could have picked us up without any risk. We did not see the Germans, but we saw a car coming, with Fabrice and his driver Gilbert, who brought us some wool blankets, and gave us the order to turn around and march due East, towards the Salerm woods.
Some rumors spread among our group that we would attack Auch, or we would help welcome an Allied armada of paratroopers, or we would move towards the Black Mountain and attack the famous SS division “Das Reich”, which was regrouping to go north towards Normandy, etc… Whatever, we were no longer hiding, we were liberated before time, at least morally speaking. We were no longer marching through the fields, but on the highways, singing all the while. This euphoria could have been dangerous, but everything went well.
At Salerm, our group of 21 Résistance fighters separated in half. Fabrice, with some official orders, constituted his own “Maquis.” He was getting ready for his political future, his future medals, and, as with many other opportunists, he succeeded. Félix Péri, our own true leader, chose his men among those from the beginnings: Jean Lecoq (P'tit Jean), André Guilleteau (Dédé), Yves Desgrousilliers (Yvon), Jean Péri (Jeannot), Léon Laffitte (Léon), Maurice Lavache (Momo), René Lavache (René), Alain Lusseau (Dudule), Louis Mazet (Loulou and X. (the Paris gangster), and myself Jacques Chaunu (Jacques de Paris). Fabrice took with him: Roger Tessier (Roger), Louis Cam (P'tit Louis), Georges de Vierkowski (Jito), Georges Nadienov (Grégor), Nicolas Kostuchenko (Nicolas), Armand Recurt (Robin), René Bovetès (Coléo), Philippe Bernard Lévy (Phiphi), Léon Allaman (Ben), Gilbert Degert (Fabrice’s driver, body guard, and advisor).
Fabrice’s Group left towards the North-West of Auch, in the Armagnac region. We did not see our comrades until after the Liberation. Fabrice did initiate an assault – not too well prepared – against a German convoy in Lahitte, and did not loose any men. Only P'tit Louis got killed during a simple resupply operation in a grocery store at Plaisance). He managed to get a lot of publicity and according to him liberated the whole Department of Gers by himself.
Our Group, henceforth called the “Felix Group” went on to Simorre to join the Maquis of Dr. Raynaud. We found there many young men and even a bus for transportation: what an organization! The D-Day landing had acted as a signal for many young men, not yet really concerned with the S.T.O. (Mandatory Labor in Germany), but first and foremost patriots and they decided to join the Maquis en masse. Until then we were, I insist, very few to actually fight, there were not too many volunteers. Well, better late than ever, and these Résistance fighters are still owed much respect, having infinitely more merit than those who will join the war effort after the Liberation. To be fair, many of these Latter Day Résistance fighters will fight bravely against the Germans in the regular army, against the Germans’ Atlantic Coast enclaves of St Nazaire, in Eastern France and in Germany itself in 1944-45.
Until the D-Day landing, I have not mentioned much about the French Army officers, for the simple reason that not one had joined our ranks! I supposed it was better to be warm at home, with a pension, instead of joining a rag-tag partisan group. Seemingly not embarrassed by the debacle of May-June 1940, they too became an opportunist group, on our back. Will History judge them some day? I would doubt it. There has been – fortunately, to save the Army’s honor – several Maquis around France headed by Officers. War is a not for amateurs, and war is taught precisely by officers. These Maquis are those that obtained the most spectacular results against the Germans. This was not by chance. So, a thousands of thanks to these officers who joined the fray, and shame to those who re-surfaced only at the Liberation, unfortunately the most numerous lot, and who will do everything in their power to denigrate our actions.
We therefore got acquainted with all those young men from the surrounding villages, mostly from L'Isle en Dodon, in Haute Garonne, but also Samatan, Lombez. Our Group was quite popular with the population, because we had already engaged the Germans so many times, we were “veterans”, and we were now starting to get a quite impressive arsenal: we all had colts or revolvers, daggers, grenades, we all had a shot gun. Yvon had the Bren, the heavy machine gun of the Group.
This new Maquis, under the orders of Reserve Captain Dr. Raynaud, (he had been a military doctor, and now was a doctor and pharmacist in Lombez), took its quarters at Pierre Cassagnabère’s farm, who was also a butcher in the village of Simorre, an "old" Résistance fighter. He was leaving there with his wife and four kids, two boys and two girls. His farm was on a height above town, and he was taking a big risk. Everyone was armed, and he received new Brines, and bazookas, which was a brand new invention for us. No mortar, though. I had been injured around the knee, and could not walk normally. My friends slept in the stables, but I was sleeping in the farm itself! I was quite comfortable there, with the girls taking good care of me. The “Toubib” (“Doc”), as we called Dr. Raynaud, gave me a brand new 45 Colt, and I gave my old Enfield Kommando, with a bit of nostalgia, to a Spanish friend, who was literally dying to have it.
It is there, in the vast kitchen of Cassagnabère ("Pierre") that I befriended Dr. Raynaud. I told him all our actions, since the Batan Mill all the way to Masseube, and at that he allowed our Group to function as a “Corps Franc” totally independent from the rest of the Maquis. Our leader would still be Félix Péri, but he was now high on the totem pole, and he was frequently absent from our Group. In reality, our chief was Yvon, universally respected by all of us: P'tit Jean, Jeannot, Momo, René, Dudule, Loulou and myself ("Jacques de Paris"). It was a small commando, but were all well trained, and experienced. Yvon was manning the Bren, with Momo working as his resupply partner. We had a pair of Zeiss binoculars, seized from the Germans, which alas returned later to the Germans after the battle of Meilhan.
The Maquis stayed just a few days at the Cassagnabère's. From Simorre, we went to Betcave Aguin, then at Tachoires, about 2 miles from this village, at a place called "Le Libou.” It was a very isolated place, between two valleys of Arrats and Gimonne rivers. The Germans did not patrol this zone frequently, although their convoys would use the highway often. The abandoned farm was on a height. From there, we became extremely active. The chronology is a bit lost in my memory. Among the many commando actions, I recall especially the expedition in the region of St Elix (valley of the Baïse) where we arrived at the same time than a German column. In fact, we saw them, they did not. It was a heavily armored convoy; Dr. Raynaud cautiously avoided the fight. We just hid on both sides of the road.
Same thing, later on that week, at Tachoires. We were sent, P’tit Jean and myself, to retrieve and secure Dr. Raynaud’s family, who by now was about to be arrested by the Gestapo.
We did several actions against the Germans in the towns of Samatan, Lombez, twin cities on the Save River, arrested and executed many traitors. Our commando group was especially in charge of these operations. We had a late-model Peugeot (1939), which was a sport car, convertible, given to us by Madame Lucette Dulherm, from the village of Tournan, whose husband was POW in Germany. This car fast became famous – and feared – in all the region. Capturing agents was dangerous work, they knew what fate they would face, therefore they were very cautious, were always armed, ready to defend their lives. On one of these operations, on June 17th I think, I arrested a Gestapo agent, while others of my comrades went to arrest two other agents. I had been forewarned that this traitor was French, quite mean, and that I was to kill him at all costs, but if I could, I should try to bring him back alive to the farm for more interrogation. Fortunately, I am among those who experience little fear before and during an operation, just only afterwards, which is quite convenient. Armed with a machine-gun Thompson 1928, with an enormous circular charger of 11.43 mm, fully loaded, weighing about 20 pounds, I rushed in his hair-dresser store. The door was opened, but there were a wooden-beaded curtain, as is often the case in Southern France. Unfortunately, I got tangled in all these strings of beads, and I expected to become bullet-ridden in a couple of seconds.
However, I succeeded in freeing myself. I captured him and took him back to the farm, where we found out that he had been in fact on our side, and in fact he joined us in the Maquis. His name was Pierre ("Pierrot” or also "Cucul"). I remember seeing a client with a towel around the neck, half shaven, running away, he must still be running! Just to prove that we had to be careful with the information that we received, and not be too trigger-happy, and I wonder at times how many innocent villagers have been killed, victims of rumors, small town revenges or whatever else.
Traitors were brought to a make shift tribunal, in this farm at "Libou", which indeed became the Maquis Tribunal until the Liberation. The "judges" were Dr. Raynaud, Maurice Espalier, and Félix Péri. Petit Jean and myself were the guards, in charge of executions. The verdicts were either death or liberation; there were no intermediate sentence. Sentence of death was immediately carried out. As far as I am concerned, with P’tit Jean, we never physically tortured anyone, even with the worse Gestapo agents. It was not the Maquis style, and Dr. Raynaud would have anyway prevented this from happening. If most of the condemned inspired the most profound disgust, some deserved our respect, but it was either us or them.
But let me come back to the expeditions during this month of June 1944: in conformity with the Allied war plans, we cut telephone lines, by cutting down the poles, by cutting the wires, taking with us the wires in order to delay repairs, sabotaging the railroad tracks. One day, we were supposed to blow up the railroad tracks between Aubiet and Gimont. We came from the South, taking small roads. The railroad tracks were between two hills, at the selected point. One group put explosives against the tracks, the other one (our commando_ was positioned as an ambush, from where we would dominate the highway from Auch to Toulouse, running parallel to the railroad. Another group, equipped with bazookas, positioned itself to ambush behind a hedgerow, in the north side, across from us.
About the bazooka, an American model AT M1 A1, I remember the first time we tried using it. There was an instruction notice in English, which was as foreign to us as Chinese or Serbo-Croatian. How could this function? We were not well versed in languages, but we kind of figured it out. We pulled an old cast iron stove from the barn at Tachoires, and we dragged it about 100 yards. A “volunteer” positioned the bazooka on his shoulders, a colleague engaged the weapon from behind, and crossed the wires. We were all holding our breath, in a safe distance, and a long flame shot from behind (luckily no one was there) and the hovitzer pulverized the old stove! We were so extatic, everyone wanted a bazooka. We had half a dozen of these, and they were to be used against the panzer tanks from the SS Division "Das Reich.” Although we never got to use them, we used these anti-tank weapons as artillery.
I come back to our sabotage mission against the railroad track. So, everyone was at his post, but no one had realized that on our left, about a hundred meters, the road had a curve and crossed the railroad. No one also saw a passenger car going towards Toulouse. We saw it only when it was stopped by the other group. It was a car carrying brave civilians who were preceding by a mile or so a heavily armed German convoy, with about 60 trucks, with tanks, and they were alerting the many Résistance groups ambushing the road to avoid direct contact with the Germans. We never heard from them again, they must have saved a number of us, as we could not possibly have survived confrontation with this large convoy.
A colleague immediately climbed the hill and told us to stay put. He then ran to tell the others, and it is at this precise moment that the German convoy appeared. Our hearts were beating fast; we were expecting a rough fight. He Germans must have seen the scene, but, by miracle, they did not attack, and accelerated instead. As for us, we did not shoot also, we were much too happy to stay alive. And the trucks went by, one by one, our friends against the ground. It takes a long long time, 60 trucks in all, with tanks. It seemed to take for ever. One last tank was closing the convoy. The Germans also may have been relieved, as their convoys were subject to incessant harassment, and they did not relish ambushes. But our mission was far from over, and the explosives were in place: detonators, cordtex, wires, etc… all this was firmly in place with chaterton adhesive tape, and the train appeared! Our chiefs were not really good with intelligence gathering. Once again, we were lacking competent officers. The train was slow, and we stopped it on time, luckily for the innocent civilians inside.
We had to undo the explosives, we got yelled at by the conductor, (he was not afraid, but our colt under his nose made him shut up). We chose not to control the passengers, although there may have been Germans among them. If there were, they chose to remain silent. The train went on very slowly. We put back everything in place, we ignited the explosives, and ran back towards the South. The Bickford wire were lighted, 1 centimeter per second, and we heard an enormous explosion. We had used quite a lot of TNT, which was plentiful in the containers dropped by English planes. So, we did our mission, although it went quite close to being a major catastrophe for us. They did repair the tracks, and we went back later on that week to blow it again. This time around, we experienced difficulty with the explosives.
Once again, I insist to say that the absence of trained officers made our tasks difficult, and probably led to many Résistance fighters to their death, due to inexperience. Although General de Gaulle had ordered all active French Officers from the Armistice Army to join the Maquis, under penalty of demotion, he never followed up on his threat. However, he demoted most F.F.I. officers! I was myself a sub-lieutenant from the F.F.I., but when I received my military papers after the war, I found out I was a simple private, not even 1st class! Thank you, my General!
We kept on chasing traitors, alas, they were quite a few. At the village of Samatan, our group irrupted inside a house, in order to arrest a Gestapo collaborator. The man jumped through the window, ran behind the house. Without aiming, a colleague fired a shot with his Enfield, the bullet hit the skull, the brain separated, and the house dog took it… A terrible scene. In fact, it was a Belgian refugee who got scared seeing us – but did he have a clear conscience? – And it was not our man, who had left prior to our arrival. The Germans became very nervous in this district, between Samatan and Lombez, irrupting into houses, arresting people, executing civilians every where, suspected of being in the Résistance. Yet they did not like to venture much in small groups, as they were afraid of ambushes, and this was quite flattering to us.
Our Maquis left Tachoires on June 24 in order to camp in two abandoned farms between Meilhan and Villefranche d'Astarac. Most of us stayed in the farm belonging to the Priou family, and another smaller group went to the Larée farm, distant by about 400 yards. The two farms got linked with a battlefield telephone. We also had a radio transmitter, taken from a German truck from one of our ambushes. The radio was intact, but it could not be used because we did not have the essential quartz piece, supposed to be delivered to us at the next dropping. I was not quite knowledgeable about radios. I stayed with our group in the Priou farm, which was composed of a main house and two wings, with a courtyard on the East Side. We were sleeping on the second floor, in the southern wing, with a view on the kitchen in the opposite northern wing. This kitchen was used also as a conference room by our leaders. We were quite comfortable there. The weather was splendid; there was plenty of food, thanks to our farmers friends. I have not forgotten this special wine from a “Noah” plant, with its aromatic smell, but this vine became later illegal, as over consumption could make people crazy, like absinthe. I think we remained sane. I have said it before, but without the farmers, who thus contributed to the Victory, we would not have existed. Were they officially thanked? I am not so sure.
There was no drinking water in the farm, not even a well. We had to carry the water in the “tubes” from the droppings from the Peyrouton farm, occupied by civilians, about 200 yards from our farm: an old man, an old woman, two young girls. On the day of the assassination of Philippe Henriot (a noted French collaborator politician in Paris) we celebrated with joy and much apéritif. After we ate, "Dédé,” our cook, yelled at us and asked for volunteers to bring water. But we were all kind of drunk. He yelled even more, which in itself was quite an accomplishment, and he was gesturing towards the tubes. There was still some apéritif left inside, and all our Group suddenly became volunteers. Too bad there was not a camera from the French News!
The Raynaud Maquis had by now quite a few cars, but I do not remember the exact number and types of vehicles. I do know we had a Simca "Six" (its charred body is still there), Citroën "Tractions Avants", a bus (visible at the Monument), a large truck Latil, full of ammunition, and the famous convertible red Peugeot. The bus was used during sabotage missions, my group riding on its roof as protection. Yvon had its Bren; the others Enfield rifles and the Thompson machine-gun. At times, I would also take my Chatellerault 24-29 which became, after the battle of Meilhan, my own.
We could stay clean, wash our clothes in the river towards the east. There were no fleas in our Maquis. We had latrines. When we were not in a mission, we would clean our armament, we would play cards, and we would play like young men.
With René Lavache, we had a special game: we had to get gas for our cars, and we had to intercept the truck coming from Toulouse, at the Saramon gas station.
We were armed to the teeth, almost to the point of being ridiculous, in order to impress the local populace and to show that the Maquis had to be taken seriously – finally. As soon as we would arrive in Saramon, we were playing an act. We would act mean, push around the truck driver, who was ostensibly resisting. In fact he was on our side and played the role of the “victim.” After leaving town, we would laugh our heart out and returned to the Maquis. This brave old Toulouse driver left without some of its natural gas, but we would drop in the truck cabin some very precious goodies: coffee, chocolate, sugar, marmalade, etc… After the battle of Meilhan, he sent me a leather jacket, which I kept a long time as a souvenir. I have never seen again this nice guy.
Our chiefs had indicated to us our positions in case of attack, but without digging trenches. Let us talk about our chiefs: Doctor Raynaud, Officer from the Medical Corps, Captain Marcellin, from the cavalry. That was it in terms of officers! Father Bouet, petty officer, was in fact the most competent. He had fought during World War One and could have been an officer. But he liked staying with the troops. We trusted his experience greatly. Unfortunately he was quite deaf and was 69 year old.
There was at the Meilhan Maquis a constant coming and going of vehicles: liaison with other Maquis, visits from the big bosses, such as Mr. Termignon, chiefly, who was coming frequently, and many others whose names I have forgotten. We were not part of these meetings, but as an independent group, we could come and go in the kitchen as we wanted, and our good old cook "Dédé" always had some good surprises, for us, the veterans. One evening, we received quite a nice visit: a pretty girl, with some men. I later learned that she had been parachuted over France, her name was Annette (or Colette?) She was sent by Colonel Hilaire (in fact his real name was George Starr, a British Officer from the S.O.E., who had also had been parachuted). We had the pleasure – although we intrigued a little to be designated, since we were good sharpshooters – to be designated, P’tit Jean and myself, to escort this group. This group was in fact made up of U.S. airmen shot over France, and we escorted them to the foot of the Hautes Pyrénées, where the group was taken care of by another team, to lead them through the border with Spain. It was a nice treck, with no special event, quite nice, actually. We thus did not have the opportunity to impress the Miss (fortunately, we did not have to).
On July 2nd, a reconnaissance German plane flew over the farm and dropped pamphlets (signed by Marshall Pétain) ordering us to surrender. It was not a mistake. We should have immediately left. But our bosses did not want to leave the place, as we were expecting an important air drop. They were thus demonstrating their lack of experience, because had we left, we could still have come back to retrieve the tubes, after receiving the messages from the B.B.C. Another example of our amateurism, in terms of protection of the camp. We indeed had sentinels, but only in the immediate perimeter. No guards posted several miles away, posted at strategic crossroads, with motorbikes, or even plain bikes, who could have alerted us from an attack by the Germans. This, Pierre Cassagnabère from Simorre, and Jean-Louis Laffargue from Gaujan, tried to do, but too late, just before the battle of Meilhan.
On July 6, at the end of the after noon, an important group of volunteers arrived. They were neither equipped nor armed. They became quickly integrated into our sections, armed, but many section leaders postponed until the day after their basic instructions. “We will have the time to reorganize everything, when we will be in the forests of Salerm.” How many were they? I have no idea.
After the dinner, after night fall, a NON OFFICIAL meeting took place, with leaders of the different sections and our Groupe Franc. This meeting had been hastily called by Lousteau, a communist, although he came from a well-off family. There had been quite a general uneasiness among the Maquisards, due to the fact that we had stayed much too long in that place, and the simple soldiers that we were could smell the danger, much more than our secret hierarchy in town. Plus, we were quite impatient to act and attack the Department capital, Auch. Lousteau told us, that evening, that he would be able to transfer our whole Maquis to the F.T.P.F. (communist army) who were ready to act. We were not opposed to it, but we were loyal to Dr. Raynaud, for whom we felt a deep devotion, and we begged him to join us alone. We told him loyally what had been proposed. He understood, and he promised that we would go the next day, July 7th, to Salerm, and that from there the Maquis would be reorganized, and that we would go on the offensive. We ended the meeting, around 11:00 PM, on this note.
I left to go to sleep in the attic, since I was on duty as a night sentinel from 2:00 AM to 6:00 AM, on the East Side of the farm. At 2:00AM I went to relieve my comrade from duty. Mornings were quite cold: I was wearing khaki pants, regular Army issue, with “puttees”, regulation issue marching boots with cleats, a shirt, a lambskin jacket, covered with another water-proof jacket in rubber “Hutchinson”, which I had had for a long time. On my head, I had a 1914-18 French army blue steel helmet, which had been given to me by a veteran farmer. Many of my comrades had dark blue helmets from tank divisions, almost black, with leather visors. I was armed as usual with my dagger, a 45 colt (given by Dr. Raynaud), my Enfield rifle, and I was carrying my backpack filled with Mills grenades as well as additional cartridges.
In the Corps Franc, one would always go around very well armed. During my tour of duty I heard, very vaguely, some engine noises, but did not draw any conclusions, as the Germans were frequently on the move. And it sounded quite far away, towards the Valley of the Gesse? Around 6:00 AM, I saw a farmer, in the morning fog, leading his cows to pasture, towards the south. It was still cold. I was then relieved, and headed back to camp. I went back to sleep quickly, and just untied my shoes.
Not for long, because a little bit before 7:00 AM, towards the Northeast, around Simorre, there were some unusual movement. We all quickly got up, and added additional cartridges to our backpacks. We threw all our personal belongings (?) in a truck ready to leave for Salerm. Yvon had his Bren, Maurice (with his arm cast, due to injury), was carrying the cartridges, the replacement barrel, some grenades. He looked like the Michelin Man. His brother René had a Sten, as well as Louis Mazet. Jean Furcatte (incorporated the day before), Pierrot (the hairdresser), Lousteau, as well as myself, had all Enfield rifles. That morning, we found ourselves a bit disorganized, since we had to instruct the new arrivals. This proved to be a mistake.
As soon as we left the farm, I saw at a distance, towards Simorre, standing up on a hill, a man who was gesturing with his arms. I thought he was a German, or a member of the Milice, we still did not know who we would be confronted with. I immediately aimed at him with my rifle, but Yvon stopped me, he was too far away, but that could have alerted our comrades. Yet Yvon stopped me, he was from the military, “there was no such order to fire!” he said. We turned back, we gave the general alert, and we reached our fighting positions, on a hill on the West Side of the farm. We walked in front of the ammunition truck, but we had plenty of ammos, and we walked along the hedgerow with the Peyrouton farm. Beyond this hedgerow, on the north side, on top of the hill where the Peyrouton farm was, another column was walking. I thought at first that they were friends, but I quickly realized they were German troops. They reached their positions pretty much at the same time we reached ours. We were on the south side, on a hill, and they were on another hill on the north side. We were about 80 meters apart. Yvon was angry, he was requesting orders! Me too, I was yelling at him, asking him to open fire quickly, because I could see the Germans (well, at least, their helmets) installing a heavy machine gun, as well as mortars. Finally, he decided to open fire, and emptied a full cartridge which made the Germans lay low against the ground.
Thus began the battle of Meilhan, around 7:00 AM, which involved 80 Résistance fighters against approximately 1,500 Germans. Before I continue my story, I must warn that there are numerous accounts of the battle, even though they was no spectator, and very few of the escapees have been able to see the whole battle. The few survivors have had a fragmented view of the battle, both in time and in space. There are those who, having exhausted their ammunition supply, or having been wounded, left the battle ground after a while and tried to hide, thus not seeing anything else. Let us not forget that the battle took place on quite a few acres. Some survivors did survive only because on the 6th at night they went back to sleep in their respective farms!
Some of them admitted it quite simply, it was not a crime, and good for them if they survived. Others pretended after the war that they took part in the fight, - how can we prove the contrary? If one adds the fact that the exact number of the Maquis was never revealed, it is thus quite difficult to know how many really fought.
The only exact number, alas, was the number of dead, 75. All the wounded were massacred, all the prisoners executed. I have read some interviews in the newspapers. Most of the time, answering reporters questions, the interviewees would say “we did this”, “we did that”, and they would go on to generalize. It is quite untrue: the battle of Meilhan has been a collection of isolated fights, with no liaison, hardly any orders, under the direction of petty officers, since, as I said before, there was only two officers, and not at all trained for guerilla warfare! Some of the sections, such as mine, fought more than three hours, before being annihilated. I am the only survivor from Yvon’s section. However, some other sections were put of combat within the first half hour.
I go back to my narration, recalling the battle as I fought it. The first round of shots by Yvon became a signal. Everywhere, the fury of machine guns started, to start only 5 hours later, right before noon. Protected on our hill against the fire from the Germans across, but not from the others, all our section was firing. In order to aim better, I had put my rifle on my backpack, filled with grenades. A few minutes after the fight, a huge explosion shook us. It was the ammunition truck, distant from about 200 yards, hit by a mortar shell. From now on, we could not send any comrade to get additional cartridges, we had to do with what we had. Luckily, we had plenty. We held our position during at least half an hour. We were copiously shot at, bullets were everywhere. But they too had taken quite a few hits, and we received no mortar shell from them, fortunately. At some point a German hand grenade landed right in front of me, but the thrower, who must have been shaken, had not taken out the detonator. I was able to retrieve it the day after. Sigh of relief! We were by now sot at from all angles, especially with heavy machine guns, coming from the East, on the official army map “line 303”, and it was quite hellish, the ground was shaking, mounds of earth were flying all over. Léon Laffitte killed many Germans who had infiltrated the border of the forest, on the West, with his machine-gun Chatellerault 24-29, but he had shot so many rounds that the canon, all red, exploded. This type of machine-gun did not have, like the Bren, another spare barrel, and it was not handling well at all that type of overuse.
The German bullets were getting very accurate. Maurice got a bullet in his foot, and we decided to evacuate our position. Unfortunately, at that precise moment, when Yvon took the Bren by its handle, a volley of shots hit him on his right chest, leaving the Bren in pieces. We left behind our comrade, praying that the Germans would be making him prisoner, although we harbored no illusion. I took command of the section, and ordered to march due south, crawling more than marching, protected somewhat by the hill. We were still however shot at from other directions. I wanted to reach a hedgerow, down on the hill, that would protect us from the heavy machine guns coming from the East. But they would not let us go, and kept spraying the hedgerow with bullets, but without hitting us. Leaves were falling like in autumn. This hedgerow was leading to the road D291, and stopped in the trench next to the road. It was not too deep, but was enough to protect us. We crawled in this trench, towards the east, but when we reach the south of the Priou farm, we found ourselves in an open space. We had to cross the road, although bullets were everywhere. We had to go. At my signal, we jumped all together, and we dived – literally – in the trench on the other side of the road. No one was hurt.
I decided to continue full east. We progressed about a quarter of a mile, protected by the trench, but we were also getting closer from the German machine guns. It would soon be hell. I ordered to leave the trench, and go across the field due south. We had to escalate a small hill, but there was a forest starting on top of that hill (cote 316). But there was a big problem, the Germans were securing the whole area. We had to “pierce: there was no other solution. We left the trench shouting all the while, breaking a few Olympic records, throwing grenades (which was not a very sound tactic, using defensive Mills grenades) and spraying bullets in all directions with our 3 Sten. But we made it! Unfortunately, Lousteau did not, being shot with a bullet in his heart, after shouting, “I got him!” He had just killed a German gunner. Pierrot, who was right next to him, disappeared then, not to be seen again that morning. He was found later, alive!
Our group was composed then of: Maurice Lavache, with his arm cast, whose foot was wounded, but who could still walk – he could even run – his brother René, Louis Mazet, Jean Furcatte and myself, who was trying to get my squad out of this hell. Our morale was still OK, we thought we could make it, the hardest part, we thought, was behind us. I thought that the Germans, in spite of their reluctance to do so, were securing the forest, which was overlooking the battle field. I decided therefore to stay out of it, moving east. When we reached the top of the hill, at the North east angle of the forest, one could see fields. We were not in sight of the enemy anymore. I ordered to crawl on a deep sillon, continuing due East, therefore away from the forest. I was the last one. But our squad was getting closer, without knowing it, from the last German lines of encirclement. When I suddenly heard firing shots, ahead of us, I said: “let’s turn around, let’s go to the forest.” That’s what I did. But the Germans had not shot at us, they had not seen us, I guess? When I reached the forest, I realized I was by myself, my pals had not followed me. Why? Hadn’t they heard me? Did they hope that they could go through this last line of defense, which was not too dense? No one will ever be able to say.
It must have been about 9:30 AM when I penetrated inside the forest. I hid my empty rifle, my loaded colt (I did not have a chance to use it), my dagger, my helmet, my empty backpack, in a huge bush, keeping with me the only grenade that was left. Suddenly I heard the Germans yelling from all directions, and I climbed a tall oak tree, (how? One could say that fear gives wings) and I sat, crimped, on a tall branch, well protected by all the leaves. With my khaki clothes, I was well camouflaged. With my pocket knife, without making anything move, I cut a few small branches under me, and slid them very slowly and carefully. I had hardly finished when I heard shouts, in French, in German, several shots, then only orders in German. It was all over for my friends. I clearly heard Maurice, who probably was loosing his mind, calling, right before the shots, “Contact!” “Contact!” He was calling our dog, whom we had lost after the fight at Arrouède.
The Germans combed the forest, I could guess their presence under the leaves, they did not see my equipment, they did not look up in my tree, or if they did, they didn’t see me, of course, and I didn’t have to throw on them my grenade before they could shoot me like a bird. Sigh! It was not the time to play the hero, but instead to be as small, as little, as could be. From this observation post, from which I could see the whole battlefield, I saw all the rest of the battle, which lasted another two hours.
From my conversations, later, with the few other survivors, I can honestly say that, because of my location, I am the one who saw the most, not only because of my squad’s itinerary, which fought over a distance of about a mile, but also because of what I saw from the tree. But, I insist, I have not seen everything, far from it. I saw the survivors from the Larée farm, which was connected to the Priou farm with a field telephone, (this telephone was blown up at the very beginning by a mortar shell, and Félix, who was on the telephone, had just had the time to jump in the courtyard, thus narrowly escaping death). These survivors got lined up by the Germans, forced to hold each other’s hand, and executed one by one, with a bullet in the neck. I saw the Germans throw explosives in the farm’s wings, before throwing the corpses in the fire. At that moment I heard bullets by my hears: I immediately thought I had been spotted, I could not feel anything, but they were stray bullets.
I saw some wounded comrades being coldly executed, and Germans carrying brancards. I saw the Germans pushing a light truck, intact, on the road D291, and I saw the vehicle being blown up by a bazooka. We later found there the cadaver of our Jewish comrade Roger Aizeman. He had been savagely beaten to death by the Germans. I was there when his father came to identify his son’s body. All the family had been deported. He picked up Roger’s (“Biscuit”) cranial box, which was laying there with bits of brains a few feet from his body, and put it in his jacket’s pocket. Tough scene to watch.
The Larée farm was burning, the Priou farm was burning… A Citroën “Traction” came, with officers in it, the German soldiers formed a column, and walked on D291 to go back to the hamlet of Meilhan where their HQ was located (At Madame Cabirot, the Maquis’ “mama”, who always had cakes for her Résistance boys). I could not see much of what was happening at the Priou farm, engulfed by flames and smoke. The Germans in that sector had to go back to the Peyrouton farm, and go back to their trucks which where parked on a small road, the D238, linking Meilhan to Simorre. On this little road, we saw the day after large red stains "demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes" (“Tomorrow, black blood will dry under the bright sun on the roads,” as the Résistance hymn lyrics.) Did they load there their ambulances? Around 1:30 PM, I left my tree.
I retrieved my colt, my dagger. I left the rest. I also left my lambskin jacket. (I found everything the next day, except my lambskin jacket!) I was dying of thirst. I was not totally sure if all the Germans had left. I walked to a small farm, and I saw the bodies of many comrades, without staying too long. They were dead, quite dead, explosive bullets were merciless. In this small farm, there was an old lady, terrorized. She told me the Germans had left. I could drink some water there. But, weary, I walked towards another small farm, along D291. . I found there, in the barn, two other survivors. I decided to get rid of my “uniform,” and to dress as a peasant. The farmer was quite scared; he did not want to be executed by firing squad for complicity with “terrorists” and would not give me civilian clothes. I could change his mind with my colt. I changed clothes.
I was walking with difficulty, I had been sitting on that branch for a long time, and I had still my injured knee. I walked between my two comrades, and we went east, towards l'Isle en Dodon, where they lived. We stopped on our way at a Mill (?), after a few miles, and the owners prepared an omelet (we found out later that all the while, a member of this charming family was trying to contact the Germans to denounce us. How nice! However, once we finished, we went back on the road. As we walked, people would ask us, have you heard from so and so, what could we say? What could we tell them? At the entrance of the village of l'Isle en Dodon, some nuns, thinking I was wounded, told me to follow them inside their convent and take care of me. God bless them, they were simply risking their life for harboring a “terrorist”. We split, one of my comrade offered me hospitality at his house, among many kids. I spent there the rest of the day, and all night. We were expecting the Germans to come back for reprisals on this village, whose so many of its sons had joined the Maquis Raynaud. Fortunately, they did not come, l'Isle en Dodon having paid already a heavy tribute for its freedom.
The day after, I went back to Meilhan, and looked at the scene. Many bodies were hard to identify, either because they were burned, of they were torn in pieces by explosive bullets, or, most of the time, because of German savagery, having disfigured with bayonets and boots the faces. Happiness, however, to find a few friends, “real” or “fake” escapees, what the point. We get back a few ammunitions, hardly anything.
The populace, admirable, supplied linen sheets to serve as shrouds. We allowed to retrieve shoes from the dead, they were so precious at the time. Also, kids retrieved empty bullets, since copper was rare. We warned the population – and the kids – to be careful because of grenades that had not exploded. The French Gendarmerie came, as well as an official photographer from the Prefecture of Auch for future identification. A large mass grave got dug, and the bodies laid side by side, with their presumed identity inside a bottle, on each cadaver. Later on, the bodies got exhumed, in order to be given to some families which requested it, and the rest is buried in the military cemetary by the monument.
The survivors from the Groupe Franc, the Masseube team of 1943, Félix Péri, P'tit Jean and myself, with Pierrot (whom we found) left to live at another survivor (?) Charles Abadie, in Simorre. Léon Laffitte, another survivor, did not join us, and we never saw him again! "Charlotte’s parents welcomed us in their little house, overlooking Simorre, on the West Side of the village. His dad was the local mailman. His mom, two daughters, Simonne and Mauricette, where there as well. Another son was fighting in the F.F.L. (Free French Forces) in Africa. His name was Maurice. The Abadies’ house was not large, and we were sleeping in a nearby house with a little old lady who was quite a character! We stayed there four or five days, trying to make sense of what happened, to see clearer. I had forgotten to retrieve my rifle – incredibly enough – but it was brought back to my home. My helmet had been placed on a tomb, in the village of Tournan.
Then, we left for Saramon, in the farms of St Cricq, St Martin, and at the boulangerie Béria in the heart of the city. We had retrieved, after the Meilhan battle, a side-car René Gillet-Bernardet, hidden in a barn by 2nd Regiment of Dragons of Auch, when the Wehrmacht invaded Vichy France. The side-car started immediately. Its driver was Félix, since he knew how to drive - brilliantly – any sort of vehicle. I was the “monkey” in the “basket” which was equipped with a pivot and the Chatellerault 24-29 machine gun. I thus became "moto-mitrailleur.” The rear bike seat received P'tit Jean, who was quite a bully (he would have confronted alone a SS regiment, although he was panicking when he saw toads!) With this sidecar, - unique, I believe, in the whole region – we hassled several German convoys, with little risk, as we were taking secondary roads, and we could go literally anywhere. We were shooting from afar, not so much to kill (and not get killed), but to harass the enemy. And we would never stay still.
We had an old fantasy dream of ours: to go through downtown Auch with our motorbike. There was not much danger, lest our engine would break down in the middle of the city. We did it, although not too many people spotted us, neither the civilians, who were not paying much attention, nor the Germans, who seemed to think we were one of them, except in front of the "Kommandantur" (Hôtel de France) where we teased them and fired a few shots.
That night, at Saramon, sharing some armagnac with the St Cricq family, (what a divine liquor), we celebrated the 14th of July, and a plane flew circling above us. Did the pilot sniff the liquor? It must have been 11:00 PM. And, what was probably a unique occurrence in the whole history of allied air drops, three Maquisard, helped by a farmer and his frightened spouse, did “the whole show”, with signals coming from a hurricane lamp, and a piece of cardboard, in order to do the signals completely haphazardly, with even having heard the message on the B.B.C. And it worked! In fact, we did know the signal for this airdrop, that we expected so much at Meilhan: "Essaie de te souvenir", (“Try to remember”), with the letter “D” in Morse. We tried it! And all the tubes started to drop, suspended from their parachute, with all different colors, which was a show we never had enough of. A tube fell on the farm’s transfo, at the entrance of Sarramon, starting a real fire works. We thought they were German signals, and we quickly pushed the tubes and the parachutes along the dike that was containing the Gimonne river. The Germans indeed came rather quickly, but from the other side of the river, and therefore they could not see the treasures we received. But they did not stay long. They were not inclined to meet Maquisards.
What a feast, when we opened the tubes! Chocolate, cigarettes, cans. There were two British uniforms, Félix took one, and I took another one (which I donated to the Museum of the Résistance at Auch). P'tit Jean, as usual, complained. I took a brand new sub-machine gun 24-29, and took the only US rifle M.1, thinking of using it during the upcoming battle of Auch, it was an ideal weapon for street fight. Félix and P'tit Jean took the Sten MKV, brand new model. They kept their COLT 45, and I abandoned mine to get a rare pistol Browning G.P. 35, firing 14 rounds of 9mm. The three of us wore, on our left side, a black dagger "Britisch Kommando" (sic). We felt renewed, materially and morally, since Meilhan had really shaken us. But, when one is 20, one tends to get over things quickly.
One day, we experienced a big scare. We had, as usual, left the side-car outside town. But we had left the F.M. and machine guns in the garage, across from the boulangerie. We were eating lunch, when an imposing German convoy entered town. All the German soldiers rushed into the boulangerie, the grocery store, the butcher. Félix, P'tit Jean and myself just had time to climb to the attic, and through a window, sought refuge on the roof. Madame Béria, without hassle, had taken the time to gather our weapons in a bag, and, though a door leading to the garden, we very quietly buried the bag. What self control! The old grandma – what a family - brought us coffee upstairs, right in front of the Germans! And all the while, René Béria was giving bread to the soldiers (it was not the time to seek making a profit). What a scene. The Germans were yelling the engines running, the priest was ringing the church bells, perhaps it was noon? The Germans did not stayed that long, in fact, in all the verbiage, we could hear the word "MAQUIS", "terrorists", they were quite haunted by the convoys attacks. This was not the time to be caught by them. René Béria picked up that day – armed with a minuscule 6,35 mm – an isolated German! René was very phlegmatic. However he was drinking heavily and he died at a young age.
Another day, we were sitting on a bench, in Castelneau Barbarens, when we saw Béria’s light truck. He came up to us to say hello to us, as well as to Dr. Studer, with whom we were conversing. Blood was dripping from the trunk. He told us it was meat. However, we got curious and uncovered the soft top. They were Polish Résistance fighters, killed during an ambush, which unfortunately became unsuccessful, and René went to pick up. But the most horrible thing is that we saw René an hour later, but this time around he was delivering bread. When we asked him if had cleaned the flatbed, he told us that he had not had the time to do it! Poor consumers…
From time to time we were “subpoenaed” by Maurice Espitalier, and we would go to Tachoires, at the Tribunal, when traitors were being judged. We were quite busy with that task, but we also had some nice moments, for instance when we were dropping by XXX (I forgot the name) who was an electrical contractor and whose wife was managing a tailoring workshop between Samatan and Lombez. Who says “couture” means “conversation” Lombez. I must say that not much work was made in that workshop during our visits, but again we could ask for any favor from young women. One after noon, as we were flirting with the girls, we saw two fat Germans bimbos, their Mauser rifle on their shoulder, who were carrying heavy stuff. These two idiots probably had step off the train coming from Auch to Toulouse, not realizing that the Maquis was securing the whole area! What to do? We came out from the workshop, we caught them, we disarmed them, and kept their load. We let them go: we did not have the heart to kill them, but we could not keep them prisoners, what to do with them? We thought they could be picked up by their colleagues. We thought wrong, since five minutes later we saw a truck manned by other F.F.I. soldiers with the two Fritzes. What ever became of them? We really did not give a damn, and we did not try to find out either. We had other things to do. Soldiers’ rest is sacred. And the time passed.
A new Maquis was in formation in the area of Samatan-Lombez, which became an element of the later famous “R” Battalion. Our side-car team remained independent, although Félix became naturally one of the leaders of the new Maquis. Our main activity was to cut off roads to interrupt Germans convoys, and to “light them up” if the opportunity existed. Personally, I loved our free roaming patrols. We got “in hot waters” several times, but we knew our job well, and we always managed to have the upper hand, although I must admit much luck was on our side.
Then came the last fight for the liberation of the Gers. My involvement in the battle of the l'Isle Jourdain, from August 19 to 24, was quite hectic. When the Maquis left Lombez – we left behind the side-car - the battle had already started. The German garrison in Auch, which was the city we had to attack, had preferred to go back to Toulouse and join the main German division. This garrison was about 260 men strong. It was intercepted and blocked on the bridge over the Save River, at the city of L’Isle Jourdain, in the Department of Haute Garonne, about 33 Km before Toulouse, on highway N124. It was about 9:00PM, on August 19. We arrived only on the morning of August 20. First, we positionned ourselves next to a railroad track, parallel to highway N124, before the intersection with highway D161. Germans trucks were blocked there. We were overlloking the highway, and I had a shotgun 24-29. We were told that the Germans would attempt to cross the highway, going towards the South. In fact, all morning, we saw nothing. Then, we were told to move in the north-northeast angle of the intersection, from where we could see the Valley of the Save. We secured the crossing. We started spotting Germans and shooted in their direction. However the Germans retreated in a pigeon tower, and my shooting proved futile. Towards 6:00 PM, we were reinforced by the arrival of a mortar, which started shell the enemy’s position. As the Germans left the tower, I could shoot them. Around 7:00 PM, we saw coming towards us, on our right flank, a squad of Senegalese soldiers (Groupe Dering of the O.R.A.), for the final assault at 7:30 PM. We stood by, as reserves. When night fell, we entered the city, and in the midst of burning trucks, finally, the Gers Department was freed! All the Germans were either dead, wounded or prisoners. I can attest that not one of them got molested, although they were expecting to be cut into pieces by the so-called “terrorists”: this was the reason why they fought till the end. We lost 11 dead and about 25 wounded, but it was a nice victory of a rag tag army against the arrogant Wehrmacht. Our group suffered no casualty, but it is true that we were not engaged in close combat.
The day after, we moved towards Toulouse, to free the town. Chronologically, the “D” day for the liberation of Toulouse was August 19, 1944, the same day as the fight for l'Isle Jourdain). So, this 21 of August, Félix, P'tit Jean, Rinaldi and myself arrived in Toulouse with the Peugeot. The town was almost liberated, but there were still pockets of Résistance. When we arrived at the St Pierre Bridge on the West Side, we saw some folks from Toulouse shooting from the other bank on a boat full of Germans with ridiculous revolvers. I immediately positioned my faithful sub-machine-gun 24-29 and after a few shots, the Germans surrendered. After that, much fog in my memory, as we were feted like heroes. Thus was my short, but efficient, participation to the liberation of TOULOUSE!
After this, we went back to Auch, for a few days of rest.
Suddenly, we found ourselves completely lost, without compass, without guidance. What had been for all our youth – from the age of 16 until the age of 21 – our sole reason for living: to fight and get rid of the Germans, was suddenly gone. We could not even believe that this portion of our country was liberated.
Then came the Victory parade in Auch, which was quite well organized. There were many units lucky to be commanded by real officers, and one could see the difference. Again, thanks be given to them. Too bad that the Germans did not see it, they could have seen by themselves who had given them such a hard time. Too bad also that the F.T.P.F. paraded in the street as if they were a Union on strike, with banners proclaiming, in short, that they were the ones to have freed the country! As an F.F.I. officer, I was ahead of the battalion, on the left side, leading 60 men, with a fanion from Meilhan. I just had a little gold stripe, dusty and dull, on top of the left breast pocket of my British battledress. I had with me my G.P.35 and my dagger.
As I marched, I had the good surprise to be called by my old friend François Cordé ("Maquarelle") from Fleurence. I forgot to talk about him, even though, in my eyes, he was a true hero. He was born in Paris, but had a Southern accent. He sold combs, laces, cards, etc… on local farmers open air markets. He was an "Agiste", a true anarchist, pacifist, antimilitarist, and, on the side, “barber of the Maquis”. Although he had a hump and had tuberculosis, he pedaled for hundreds of miles, regardless of the weather, to cut our hair, wherever we were, although he was literally scared sh..less about the Germans! That’s true courage. When the parade was over, loud speakers announced that a heavy armored German convoy was spotted coming to Auch, and that we had to rejoin our units. However, it soon became obvious this was a wrong news.
I found myself soon alone in Auch, lodged at my cousins the Mauroux family. The town was full of F.F.I. of the last hours, with plenty of officers (not those from the Maquis), whom we called “naphtalinards”, not at all ashamed of the debacle of June 1940, not ashamed by their absence during the occupation. I will never forget their arrogance when we had to go through their offices to have our papers stamped. Just the same, all the population suddenly was on the side of the Résistance; there was no one ever in favor of Pétain. We know better. I then wanted to join the regular army. I went to the Army Headquarters, and one of these officers told me: “OK, we take you, but as a private”. I told him politely to go to Greece with his beautiful new uniform.
Since I received very bad news from my mother, who was in the hospital, I decided to go back to Paris. When I asked to be sent back home, another officer told me that in order to travel for free one had to sign up for the remainder of the war. Another one that I sent to visit Athens!
Conclusion:
I had paid for my train ticket to go to fight. And I paid for my train ticket to go home. I had spent a lot of money to buy on the black market my equipment to go to the Maquis. At Arrouède my own bike (a fortune at the time) had burnt in the fire. My backpack and personal belongings were lost. We never received the slightest pay, not even after the Liberation.
At least, our honor was safe; it was a precious and rare commodity at the time in France. We had gained this honor by ourselves, to liberate our country as young patriots. It is the only treasure we kept from this adventure, with the consolation that we played our modest part in defeating the Nazis and their ideology. It was not so bad!
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